La structure thématique causale de L’Immeuble Yacoubian : entre frustration et dérive terroriste

Par Bernard Bienvenu Nankeu — Guerre et terrorisme

Introduction

L’année 2006 marque la naissance littéraire d’Alaa El Aswany. À travers son roman intitulé L’Immeuble Yacoubian[1], l’auteur effectue une entrée magistrale dans La République mondiale des lettres[2] (Casanova, 2008) en général, et dans le paysage littéraire égyptien en particulier. Sur les pas de Naguib Mahfouz[3], son compatriote nobélisé, surtout connu en tant que l’un des pionniers du roman arabe moderne, et dont la trilogie peut être lue comme une radioscopie de la société égyptienne de la première moitié du XXe siècle et des choix auxquels la confronte son entrée dans la modernité, Alaa El Aswany observe à son tour la société égyptienne du XXIe siècle. Partisan du courant réaliste à l’instar d’Honoré de Balzac, Aswany semble cependant privilégier les scènes de la vie quotidienne avec, en toile de fond, une verve critique. À ses yeux, d’ailleurs, « un roman doit reproduire la vie… ». Dans ce cas, il « est [donc] nécessaire pour un romancier de rester dans la société qu’il décrit dans ses romans[4]». On comprend pourquoi Le Caire, ville où vit et travaille le romancier, sert en même temps de décor à son premier texte romanesque. Partant de la notion de personnage et de l’approche sociale, le présent article est une lecture de L’Immeuble Yacoubian. Ce roman met en scène ou en mots les iniquités et les inégalités sociales favorables à la montée du terrorisme islamiste. Comment l’écrivain s’y prend-il ? Quels sont les éléments de la narration qui donnent à penser qu’un pont est jeté entre frustrations et terrorisme ? L’analyse aura comme point de départ le roman, en passant par les frustrations que subit l’un des personnages, pour donner à découvrir une histoire où le terrorisme est en corrélation avec la privation.

Un roman à tiroirs et des personnages thématiques

L’un des traits les plus saillants qui se dégagent de la lecture de L’Immeuble Yacoubian est la richesse des personnages, complexes et attachants. L’auteur excelle dans la création des figures thématiques qui sont presque des modèles sociaux. Ils sont créés en fonction du modèle sémiotique qui « voudrait que l’opération de lecture se ramène à une opération positiviste dans laquelle on prendrait en compte des faits objectifs au détriment de la subjectivité dans le langage[5] ». À la lecture de L’Immeuble Yacoubian, le lecteur constate que la fiction relève d’une observation sociologique. L’histoire imaginée sert d’assises à un regard sur la société égyptienne. De ce point de vue, l’œuvre appartient à la catégorie du roman à tiroirs tel que le comprennent Joëlle Gardes-Tamine et Marie-Claude Hubert[6], à savoir un roman où se succèdent plusieurs histoires rattachées plus ou moins directement à l’intrigue centrale. La trame romanesque se compose de plusieurs épisodes relativement autonomes, mais qui, en même temps, s’emboitent du fait de ce qu’ils dressent simultanément une chronique de la vie quotidienne en Égypte. On pourrait aussi très bien parler de roman à thèse. Car chacun des personnages est conçu de manière non seulement à figurer une réalité de l’Égypte actuelle, mais à sous-tendre également une idée, une description, une opinion, un point de vue.

La socialité du texte, pour parler comme Claude Duchet[7], résulte de la capacité de toutes les silhouettes du roman à se mouvoir en type social. C’est du reste sur le constat de cette force mimétique de la réalité attribuée au personnage que la sociocritique préconise, au préalable, un examen minutieux et organisé de l’univers textuel :

Ainsi une observation attentive et méthodique de ce que l’on peut appeler la société du texte est un premier temps utile de l’investigation et, somme toute, un bon début dans la discipline. Toute fiction est un univers réduit d’êtres, de manières d’être (se vêtir, par exemple), d’objets, d’habitats, de séquences temporelles dont il peut être instructif de dresser l’inventaire tout en essayant de voir, pour chaque série, selon quel principe elle s’organise. On visera, par exemple, à établir la relation entre les fonctions actancielles des personnages d’une fiction et les marques sociales dont ils sont les porteurs. [8]

 

En prêtant une attention à cette dialectique entre le personnage et sa projection sociale, la surabondance des personnages d’Aswany, ainsi que leurs vécus quotidiens, leurs trajectoires, leurs vicissitudes dans l’univers romanesque sont constitutives de l’ambition de l’auteur de traquer chaque phénomène, chaque réalité sociale par le biais d’un personnage thématique. Ce dernier est créé et mis en mouvement selon un fait de société bien déterminé. Parce qu’il est un support thématico narratif, un élément essentiel de figuration, le personnage incarne alors des situations sociales ou existentielles. Le thème auquel nous faisons référence dans ce travail s’éloigne de la variation bachelardienne liée à l’imaginaire de l’auteur pour se rapprocher de l’opinion que l’auteur, à travers son texte, émet sur un sujet donné. Aussi, à l’observation du roman d’Alaa El Aswany, les réalités vécues ou subies par une certaine figure humanisée du récit vont dans le sens d’imputer le terrorisme à quelques causes sociales bien profondes.

En fait, la narration de L’Immeuble Yacoubian n’est pas structurée autour d’un héros, mais de plusieurs figures héroïques. Chacune d’elle est au cœur d’une histoire : Hatem Rachid, Taha Chazli, Zaki Bey, Abaskharoun, Malak, Boussaïna, le hadj Mohammed Azzam, Soad, etc. Toutes ces âmes de l’œuvre ont en commun un espace, l’immeuble Yacoubian, cadre spatial des rapports et des rencontres entre elles. À travers des trajectoires qui se recoupent, l’œuvre met en place presque toutes les couches sociales égyptiennes. C’est à croire que, influencé par son métier de chirurgien-dentiste, El Aswany a voulu chirurgicaliser le monde égyptien contemporain. Parmi ces héros, la relation entre Taha Chazli et Boussaïna, de même que leur désespoir constituent une autre configuration thématique analysable en deux articulations principales : les frustrations et le sursaut de révolte fomentée malheureusement par l’émergence de l’islamisme.

Frustration socioéconomique

Avant de développer l’idée maitresse du titre, il est important de marquer un temps d’arrêt sur la notion de frustration. Dans la mesure où celle-ci servira de concept analytique tout au long des différentes parties qui structurent la présente étude, nous allons au préalable déterminer l’acception théorique que nous exploiterons ici. Car il existe quatre importantes théories autour de la frustration dont deux qui semblent être tombées en désuétude et deux autres qui sont aujourd’hui très fécondes[9].

En langage commun, le terme de frustration renvoie aussi bien au déplaisir, à l’insatisfaction qu’à tout obstacle qui se dresse devant le sujet désirant et ses envies, voire ses besoins. Ainsi, une définition lexicale de la frustration présenterait celle-ci sous les traits d’un état mental caractérisé par un déséquilibre entre un désir ou une attente et sa réalisation. S’il est avéré que la frustration est un concept fondamental de la vie humaine, l’usage, qu’on pourrait qualifier de tous azimuts, mêlant les désirs insatisfaits et les besoins non comblés, les obstructions aux aspirations et les contrariétés, les privations et les interdits, les refus et les manques, a fait dire que la notion présente une complexité définitionnelle. De tels emplois ont pour origine la psychanalyse freudienne. Sigmund Freud[10], pour qui la frustration réfère à tout obstacle à la satisfaction individuelle, a été le tout premier a donné à la frustration un rôle central dans le champ de la psychanalyse. L’influence de cette dernière explique en grande partie pourquoi être frustré, selon le Petit Larousse, c’est se trouver dans la situation d’une personne qui est dans l’impossibilité de satisfaire une pulsion. La  pulsion  se définit, elle, comme un « état d’excitation qui oriente l’organisme vers un objet grâce auquel la tension sera réduite ».

C’est sous le terme allemand de Versagung (frustration) que le mot apparaît pour la première fois chez Freud, notamment dans son ouvrage La morale sexuelle culturelle et la nervosité moderne[11] pour désigner la névrose. Par la suite, le médecin autrichien l’utilise dans un champ sémantique assez large. Voici à ce propos les éclaircissements de Johanna Stute-Cadiot :

Dans L’avenir d’une illusion, il en donne une définition : « Nous appellerons frustration le fait qu’une pulsion ne peut pas être satisfaite, interdit l’institution qui impose cette frustration et privation, l’état que cet interdit provoque ». Dans Le malaise dans la culture, Freud formule la problématique des frustrations différemment : « Ce sont ceux que l’on appelle les névrosés qui ne supportent pas les frustrations de la vie sexuelle. » Il poursuit : « Parfois, on pense saisir que ce n’est pas uniquement la pression de la culture, mais quelque chose intrinsèquement lié à la fonction qui nous refuse (versagt) la pleine satisfaction ». Au début du chapitre II du même texte, il cite ses réflexions sur la religion dans L’avenir d’une illusion et parle du fait que « l’homme ordinaire croit en une divine providence qui veille sur sa vie et le dédommagera des éventuelles Versagungen (privations/refus) vécues sur terre dans la vie éternelle. » Et encore plus loin, dans le chapitre III, il dit : « Ces Versagungen imposées par la culture dominent le vaste champ des relations sociales des hommes ; nous savons déjà qu’elles sont à l’origine de l’hostilité contre laquelle toutes les cultures ont à se battre[12] ».

À l’issue de ce commentaire archéologique sur les origines freudiennes de la notion, Johanna Stute-Cadiot conclut que :

[n]ous avons là un large éventail des différentes occurrences dans lesquelles Freud utilise ce terme, occurrences qui confirment le constat de la complexité du mot en allemand, puisque Versagung est à la fois utilisé au sens d’un acte par
Freud, mais aussi déjà au sens de ce vécu subjectif qui s’imposera par la suite, et
encore dans un troisième sens : les Versagungen sont liés aux aléas de la vie, de
ce que la vie nous impose, au réel, pour le dire avec Lacan[13].

Déjà, dès les premières pages de sa réflexion, Johanna Stute-Cadiot part du constat de deux empois généralisés de la notion de frustration. L’un est profane et l’autre psychanalytique :

Voilà, poussés à l’extrême, les deux sens dans lesquels le mot frustration est employé aujourd’hui. C’est le mot-clé qui permet aux uns d’expliquer le malaise social quand l’accent est mis sur les conséquences négatives de la frustration ; pour les autres, au contraire, tous les maux de la civilisation moderne trouveraient précisément leur source dans cette idée du caractère négatif des frustrations, soulignant la vertu de la capacité à supporter les frustrations. La confusion est donc la plus totale entre un emploi profane, si je puis dire, et l’emploi psychanalytique de ce concept. L’éventail des positions divergentes et la vivacité du débat permettent de mesurer l’importance de la réalité sociale et psychique qu’il tente de traduire[14].

Il est donc clair que la psychanalyse de Freud est génitrice de la notion de frustration et de la polysémie de cette dernière ou de sa diversité d’usages. Cela dit, le sens appliqué dans la perspective de cette réflexion est d’inspiration psychologique. Il y a, en effet, en psychologie, une théorie de la frustration datant des travaux de Dollard et Miller, dont la fécondité, de nos jours, ne cesse de s’accroître au travers des travaux importants suscités de part et d’autre. Selon ces auteurs[15], la frustration se définit comme l’empêchement d’atteindre un but dans la séquence habituelle but-réponse. Deux conditions sont cependant nécessaires pour dire qu’une frustration existe : d’abord, que l’organisme soit en attente de certaines actions, et ensuite, que ces actions ne soient pas produites.

La frustration résulterait donc d’une situation de détresse plus ou moins irritable après la collision d’un vœu avec une réalité indéfectible. En tant que tel, il s’agit alors d’un type d’état psychique. Le psychisme humain étant « la zone de juridiction » des psychologues et psychanalystes, ceux-ci en donnent une définition plus étendue, plus complexe, avec l’implication d’une relation de causalité. La frustration désigne de ce fait un état interne provoqué par une réalité extérieure. Elle est toujours vécue avec une attitude de protestation. Il y a en effet dans la frustration, une impression d’injustice, celle d’être privé de quelque chose qu’on aurait dû avoir ou encore de vivre quelque chose qu’on ne devrait pas vivre (qu’on ne mérite pas). L’un des héros du romancier égyptien va vivre deux conjonctures ressenties comme des infortunes, et elles vont le frustrer.

De fait, Taha Chazli, la figure héroïque de L’Immeuble Yacoubian autour de laquelle se développe le thème de la frustration caresse deux espoirs consubstantiels : la réussite sociale et l’amour éternel (la promesse de mariage) de Boussaïna. Les deux s’aiment et n’attendent plus que le rêve de Taha de devenir policier se réalise pour qu’ils emménagent dans un de ces beaux quartiers du Caire où ils mèneront une vie familiale calme et à l’abri du besoin. L’absence de ressources financières fait que Taha et Boussaïna, en attendant, vivent d’expédients et ne sont pas encore véritablement et sentimentalement engagés l’un vers l’autre.

Taha Chazli entre en scène quand il se prépare, après avoir été reçu à l’écrit, à « se présenter à l’école de police pour son entretien d’admission, dernier obstacle dans son parcours pour réaliser un espoir qu’il nourrit de longue date » (IY, p. 23-25)[16]. C’est un rêve bercé depuis l’enfance et il y a travaillé dur. Il vit dans la pauvreté, mais arrive à la supporter ainsi que les railleries et la mesquinerie de certains habitants de l’immeuble, à qui il rend d’ailleurs des services du fait de son statut de concierge, par la seule perspective de réussir le concours de la police :

Tel était son lot quotidien : la pauvreté, un travail épuisant, l’arrogance des habitants de l’immeuble, le billet de cinq livres, toujours plié, que son père lui donnait chaque samedi et qu’il devait trouver mille expédients afin qu’il suffise pour toute la semaine […] Quand il se mettait au lit, tard dans la nuit […], il se voyait officier de police. Il marchait nonchalamment, plein de fierté dans son bel uniforme, deux étoiles de cuivre brillant sur son épaule, le redoutable pistolet de service accroché à la ceinture. Il s’imaginait marié à Boussaïna Sayyed, son amoureuse. Tous les deux avaient déménagé dans un appartement correct, dans un beau quartier, loin du bruit et de la saleté de la terrasse. (IY, p. 28-29)

Mais ce rêve qui hante ses nuits et ses journées va s’écrouler comme un château de cartes. Le jour de l’oral, malgré les réponses exactes fournies au jury avec « calme et assurance » (IY, p. 78), Taha n’est pas retenu à l’école de police à cause de ses origines misérables, du métier de son père qui n’est rien d’autre qu’un gardien d’immeuble. À la fin de sa brillante prestation, le statut de son père lui est jeté au visage en guise d’humiliation par le policier qui présidait le jury : « Disparais de ma vue, fils de portier… tu veux entrer dans la police, fils de portier ? Le fils du portier va devenir officier ? Par Dieu tout puissant ! » (IY, p. 82). Lui, qui s’est battu toute sa vie pour ne pas être comme son père, pour avoir un métier noble et respectable, se voit refuser l’entrée à l’école de police, car le métier de son père le précède.

On est là dans un système social bloqué, pris en otage par la corruption, le parrainage et le népotisme. Telle est la réalité que lui résume Boussaïna après son retour : « Tu vois Taha […], ce pays n’est pas notre pays […], c’est le pays de ceux qui ont de l’argent. Si tu avais eu deux mille livres et que tu les avais donnés en bakchich, personne ne t’aurait demandé le métier de ton père » (IY, p. 81). On comprend vite que l’univers de l’œuvre symbolisant l’Égypte actuelle, est prisonnier d’un système non seulement frustratoire, mais également gangréné par la corruption. L’égalité de chance y étant un leurre, la reproduction sociale ou ce qu’on appelle l’immobilisme social intergénérationnel constitue la réalité des différentes classes sociales. Le terme décrit une pratique sociale relative à la famille, consistant à maintenir une position sociale d’une génération à l’autre par la transmission d’un patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel. Ce phénomène se traduit statistiquement aujourd’hui par le fait que, par exemple, un fils d’ouvrier a plus de chance de devenir ouvrier que de quitter sa classe sociale et de même qu’un fils de cadre aura plutôt tendance à devenir cadre à son tour que de changer de classe sociale. Le héros de l’auteur d’Automobile Club d’Égypte[17] est le descendant d’un homme condamné à voir la vie de l’extérieur. Il a plus de mal(chance) de devenir comme son père.

L’injustice dont il est victime et la corruptibilité de la police indignent Taha au point où il se résout à se plaindre au président de la république dans une lettre qui sera reçue comme non fondée par le général Hassan Bazraa, directeur du bureau des réclamations des citoyens à la présidence de la République (IY, p. 92-106). C’est alors par dépit, pour s’occuper, mais aussi pour « tirer le meilleur profit de ses notes excellentes » (IY, p. 120) au Baccalauréat que Taha va s’inscrire à la faculté d’économie et des sciences politiques. Dans cette faculté, la relation amicale nouée avec Khaled Abderrahim l’entraîne progressivement vers l’islamisme. La dérive intégriste de Taha est imputable à son échec, à l’humiliation consécutive à l’école de police. Cet insuccès va le frustrer.

Si la frustration peut, entre autres, s’accompagner du sentiment de privation ou d’injustice, le comportement du héros d’El Aswany après son échec, couplé à la rencontre de Khaled Abderrahim, s’explique clairement. Ils vont commencer par nourrir la même réprobation à l’égard de certains étudiants pour leur goût de la frivolité, de l’excès et parce qu’ils « s’éloignent de la véritable religion » (IY, p. 123). Il faut dire qu’à l’université, les étudiants des familles pauvres, d’origine paysanne pour la plupart, sont des pratiquants « purs », remarquables par leur piété tandis que les étudiants des familles riches ou de condition modeste, sont presque des non-pratiquants et vivent de façon « mondaine ». Ne dit-on pas souvent que la religion est la source de consolation des pauvres, l’exutoire des injustices et des inégalités subites ? À en croire Karl Max, « [l]a religion est le soupir de la créature accablée par le malheur[18]», la protestation contre la misère réelle. Les récriminations de Taha, alors éprouvé par la souffrance, et de son ami contre la prétendue inconstance des enfants aisés ne sont que des objections voilées contre leur propre misère. Les mêmes vivraient avec cette insouciance généralement caractéristique de la jeunesse, c’est-à-dire sans se préoccuper de religiosité si et seulement s’ils étaient dans une situation tout aussi aisée ou décente.

C’est dû la pauvreté couplée à l’injustice, aux inégalités entretenues par le système et à la marginalité désespérante qui s’ensuit, que Taha Chazli écoute le chant des sirènes du fondamentalisme. Taha intègre le groupe des amis de Khaled. Leurs nombreuses discussions vespérales, parfois jusqu’au petit matin, et ce, surtout après la prière du jeudi soir le rapprochent de l’islamisme et de l’inéluctable :

Khaled présenta Taha à ses amis de la cité universitaire, des paysans, pieux et pauvres à la fois. Taha leur rendait visite tous les jeudis soir. Ils faisaient ensemble la prière du soir et il passait la veillée à discuter avec eux. A vria dire, il tira un grand profit de ces discussions. Pour la première fois, il comprit que la société égyptienne en était encore à l’âge de l’Ignorance[19] et qu’elle n’était pas une société musulmane parce que son chef faisait obstacle à la loi de Dieu dont les commandements étaient violés au grand jour, que la loi de l’Etat autorisait l’alcool, la fornication, le prêt à intérêt. Il apprit également la signification du communisme qui était contre la religion et les crimes d’Abdel Nasser contre les frères musulmans. Il lut avec eux les écrits d’Abu el-Ala el-Mawdudi, de Sayyed Qotb, de Youssef el-Karadaoui et de Abû Hâmid al-Ghazâlî[20].

Quelques semaines plus tard, le jour fatidique arriva. Après une agréable soirée avec les amis de la cité universitaire, ceux-ci lui firent leurs adieux comme d’habitude, mais soudain, à la porte, Khaled Abderrahim lui demanda :

– Taha, où pris-tu le vendredi ?

– dans une petite mosquée, près de la maison.

Khaled échangea un regard avec ses amis puis lui dit d’un ton enjoué :

– Écoute, Taha, j’ai décidé de mériter, grâce à toi, une récompense du Tout-Puissant. Attends-moi demain à dix heures place Tahrir devant le café Ali Baba. Nous irons prier ensemble à la mosquée Anas ibn Malik et je te ferai connaître Son Excellence le Cheikh, avec la permission de Dieu… (IY, p. 123-124).

Tel qu’on le constate, l’ami travaille manifestement pour le Cheikh. Il est chargé de sélectionner les jeunes qui peuvent facilement adhérer à la cause islamiste. De toute la bande, Taha est une bonne graine. Il est curieux, désireux d’apprendre les préceptes qui sont censés régir toute société islamiste. Et par-dessus tout, sa haine du système social en place est un atout qui fait de lui quelqu’un d’aisément convertible à la doctrine islamique. L’imagination de l’écrivain ne tarit pour insérer dans la narration des mécanismes d’endoctrinements pernicieux. La trajectoire de Taha, ses origines familiales, son statut social, ses vicissitudes, ses fréquentations, le système politico-social, tout cela concourt à mettre en œuvre la relation de cause à effet entre misère sur tous les plans et engagement pour des causes somme toute condamnables.

Le vendredi en question, Khaled l’emmènera à ladite mosquée où le Cheikh Chaker prononce des prêches empreints de fiel contre ceux qu’il appelle les mécréants, « les dirigeants corrompus, courant après l’argent et les plaisirs […] la loi française laïque qui autorise l’alcoolisme, la fornication, l’homosexualité […], les légions des ennemis de la nation […], [les] dirigeants traîtres et esclaves, serviteurs de l’Occident… » (IY, p. 128-131). Les discours du Cheikh prônent en même temps le djihad, présenté comme l’arme efficace pour purifier les cœurs et la société qui sombre dans la décadence :

Le djihad est non seulement l’une des obligations islamiques, comme la prière et le jeûne, c’est aussi la plus importante de toutes. Mais les dirigeants corrompus, courant après l’argent et les plaisirs, qui ont gouverné le monde musulman dans les temps de décadence, ont délibérément décidé, avec l’aide de leurs théologiens hypocrites, d’écarter le djihad des obligations de l’islam, car ils ont compris que l’attachement des gens au djihad allait se retourner contre eux à la fin et leur faire perdre leurs trônes. En en retranchant le djihad, l’islam a été vidé de sa véritable signification et notre sublime religion s’est transformée en un ensemble de rites vides de sens que le musulman accomplit comme des exercices physiques, de simples mouvements corporels, sans âme. (IY, p. 127-128)

La colère, la rancœur sous fond de piété contre un ordre social faisandé sont les éléments sur lesquels surfe le Cheikh pour enrôler les jeunes étudiants. Khaled lui présente son ami Taha qui est aussi habité du même sentiment de haine que le petit cercle d’étudiants qui se retrouve dans son bureau. Le cheikh profite de leur naïveté et surtout de leur ressentiment contre une politique sociale qui semble les frapper d’ostracisme pour les enrégimenter dans de sinistres machinations extrémistes. Entraîné dans la radicalisation, Taha perdra son amoureuse.

Frustration amoureuse

Loin d’être seulement un état émotionnel, une simple affectation qui se manifeste pour quelqu’un, l’amour est un besoin au sens vital du terme. Il serait même notre nature première, laquelle tire son essence de l’instinct sexuel. C’est pourquoi à la vision cartésienne de l’homme en tant qu’un animal pensant, Jean-Luc Marion oppose une nouvelle vision qui s’inspire totalement du phénomène érotique. Pour cet historien de la philosophie moderne, l’homme est un animal aimant qui « se révèle au contraire à lui-même par la modalité radicale et originaire de l’érotique[21] ». Si le philosophe admet avec son aîné Descartes que l’ego est une chose qui pense, il pense d’abord par la modalité de l’amour, ce qu’il appelle « ego amans[22] » à l’opposé de l’ego cogito de l’auteur du Discours de la méthode. En effet, si penser nous confère la certitude de notre existence, nous pouvons douter des objets qui meubles cette existence par la simple question : « A quoi bon[23] ? » Notre existence est meublée de toutes sortes de choses certaines dont on ne saurait douter de leur tangibilité. Au nombre de ces choses, nous pouvons citer les produits de la technique et les objets des sciences, les propositions de logique et les vérités de la philosophie. Mais dès que j’opère un choix sur la base de l’utilité ou de ce qui m’importe, ce choix est l’expression de mon identité, de mon statut, de mon histoire, de ma destinée, de ma mort, de ma naissance et de ma chair, de mon ipséité irréductible, bref de mon être-en-soi[24].

À bien voir, plus qu’un besoin, l’amour est une dimension fondamentale chez tout être humain. L’Homme est une machine désirante avec, par exemple, autant de besoins que d’envies, et que le vulgum pecus tend à apparenter sémantiquement. Or, entre le besoin et l’envie, les liens de sens ne sont pas aussi étroits que le laissent penser les usages. On sait depuis Épicure[25] qu’un besoin est quelque chose qui manque et dont la présence est indispensable à la vie ; par différence avec l’envie qui est un désir superficiel dont la satisfaction n’est pas indispensable à la vie. Nécessité et naturalité du besoin le distinguent de la contingence, de la superficialité, de l’artificialité, du superflu et de la spiritualité de l’envie. À l’opposé de l’innéité, de l’inhérence du besoin, l’envie est culturalisée. La sensation de faim traduit un besoin de manger alors que le choix du pain pour calmer cette faim est une envie. Vue ainsi, la non-satisfaction du besoin menace la vie ou la survie de l’individu et l’envie pas du tout. Pourtant, certains besoins perçus a priori comme de simples désirs n’engageant pas le pronostic vital sont nécessaires au fonctionnement optimal de l’être. Sous cet aspect, Simone Manon[26] précise que « [r]éciproquement nous rejetons du côté du superflu des désirs, au motif qu’ils sont spirituels et que leur privation n’empêche pas de survivre. Certes, mais pourrait-on vraiment vivre sans amour, sans musique, sans spectacles, sans livres ? Pour un homme civilisé, il est permis d’en douter. Il s’ensuit qu’il n’est pas illégitime de parler de besoins spirituels et moraux. On parlera alors du besoin comme d’une « tension interne » ou « d’exigences spirituelles et morales pour bien les distinguer des besoins corporels ou matériels »[27], signe de la conscience d’un manque, qui pousse à chercher de quoi satisfaire le besoin. Depuis le milieu des années 40, la définition du concept de besoin a connu une évolution importante. Désormais, sa conceptualisation lui reconnaît deux dimensions. En plus des besoins physiologiques de l’être humain (se nourrir, se reposer, copuler…), il y a aussi une dimension psychologique (aimer et être aimé, connaître, donner un sens…).

D’après Jacques Poujol[28], le besoin est une nécessité, une aspiration naturelle et essentielle au bien‑être. Les besoins sont communs à tous les êtres humains. De manière générale, notre équilibre repose sur le fait que nos besoins fondamentaux comme la nourriture, la sécurité, l’amour, la reconnaissance des autres, la relation avec eux et avec Dieu, sont satisfaits en grande partie. Le psychothérapeute pense que la frustration peut venir d’un obstacle matériel, de l’absence d’un objet ou d’une personne, de limitations physiques ou mentales, d’un manque de reconnaissance, de considération, d’amour. À ses yeux, c’est le manque d’amour qui entraîne les frustrations les plus profondes. La relation à l’autre peut donc être source de frustration.

Par le fait même de l’amour peint sous différents visages, la pluralité des protagonistes et des destinées se croisent dans L’Immeuble Yacoubian. Le roman abrite les amours du vieux dandy Zaki bey Dessouki, aristocrate nostalgique de l’Égypte européanisée d’avant, qui finira par s’enticher de la jeune Boussaïna ; les amours interdits de Hatem Rachid, journaliste homosexuel dans une société homophobe, qui peine à vivre une relation normale avec Ab Rado qui n’a de cesse d’être éprouvé par la culpabilité ; les passions érotiques de Mohammed Azzam avec sa concubine Soad, qui se faufile dans les arcanes d’un monde d’affaires aux principes plus que louches et totalement corrompu.

De tous ces liens, la relation entre Boussaïna et Taha ajoute à la frustration de celui-ci. La pauvreté, l’échec et la radicalisation du jeune homme auront raison de leur romance. Au début du roman, les deux sont très attachés l’un à l’autre et Boussaïna partage les rêves de Taha : « Ils habiteraient dans un appartement vaste et convenable, loin de la terrasse, et ils auraient seulement un garçon et une fille pour pouvoir leur assurer une bonne éducation. Ils étaient d’accord sur tout » (IY, p. 55). Mais peu à peu, pour des raisons économiques et surtout l’endurcissement doctrinal du bonhomme, la jeune fille se montre distante. À la mort de son père, cette petite silhouette féminine du roman, encore élève au moment du décès, voit ses rêves partir en fumée avec la misère qui s’installe, les difficultés de sa mère à assurer le nécessaire l’entraînent dans la dure réalité du monde professionnel.

Pour échapper à tout prix à la misère, la jeune femme, sous les conseils de sa génitrice, se met en quête de travail. Elle en aura plusieurs, chaque fois abandonné en chemin pour les mêmes raisons : le harcèlement de ses employeurs. Cependant, sa mère n’approuve pas du tout son attitude : « Lorsque Boussaïna abandonnait un travail à cause du harcèlement des hommes, sa mère accueillait la nouvelle dans un silence proche de la contrariété. Une fois que le cas s’était produit, elle avait dit à Boussaïna qui s’était levée pour quitter la pièce : – Tes frères et tes sœurs ont besoin du moindre centime que tu peux gagner. Une fille débrouillarde sait à la fois se préserver et préserver son corps » (IY, p. 58).

Ce qu’Alaa El Aswany présente ici n’est rien d’autre que le phénomène selon lequel en Égypte, « les jeunes filles [sont] considérées comme une source de revenus par la famille (…) Ce phénomène est en constante augmentation et crée également de nombreux problèmes en termes d’accès à l’éducation pour les jeunes filles[29] ». Au sein d’une famille sans perspective économique, la jeune Égyptienne, comme dans de nombreuses communautés ou dans beaucoup de pays, a ainsi le fardeau de fournir l’argent nécessaire à la vie de la famille, de pourvoir aux besoins de celle-ci quitte à souiller son corps. Les problèmes socioéconomiques sont résolus dès que la jeune fille prend sur elle toutes les responsabilités. L’innocence de son corps ainsi que sa candeur seront sacrifiées sur l’autel des exigences économiques de sa famille.

C’est ainsi que, pour conserver son dernier emploi, Boussaïna se laissera souvent aboucher par son patron. Rongée par la culpabilité, la jeune héroïne va cesser de prier et va éprouver un sentiment de rancune qui détruira sa relation amoureuse. Elle éprouve un sentiment de rancune, de malveillance au point où Taha, son idylle de toujours, devient pour elle un objet de ressentiment :

Puis, peu à peu, sa rancœur s’étendit même à Taha, son amoureux. S’insinua en elle le sentiment qu’elle était beaucoup plus forte que lui, qu’elle était mûre et qu’elle comprenait la vie alors que lui n’était qu’un jeune homme rêveur et naïf. Elle en avait assez de son optimisme concernant le futur. Elle s’emportait et se moquait de lui […] Taha ne connaissait pas la cause de cette amertume. Bientôt, ses sarcasmes à son égard commencèrent à l’indisposer et ils se disputèrent [le plus souvent] (IY, p. 64).

Les contrariétés successives vont prévaloir sur leur amour. Tout à coup, aux yeux de Boussaïna, Taha passe pour quelqu’un qui cultive des chimères et qui vit dans l’irréalité. Leurs rêves d’amoureux iront s’estompant du fait des heurts et malheurs qui naissent pour la plupart de l’impossibilité pour chacun de réussir dans une société où tout semble joué d’avance. Le besoin impérieux d’argent fait que Boussaïna ne croit plus aux rêves qu’ils ont longtemps nourris ensemble. La nécessité de survivre, le pragmatisme et l’urgence de la débrouillardise de l’une : « j’ai la charge d’une famille » (IY, p. 157)…, l’échec social, la rancœur y afférent et la foi islamiste de l’autre constitueront les raisons de leur rupture : « ‍‍‍‍‍[é]coute, Taha, je te le dis pour la dernière fois. Notre histoire est terminée. Chacun s’en va de son côté et, s’il te plaît, il n’y a plus de raison pour qu’on se revoie » (IY, p. 157). Cette rupture est prise par Taha comme un deuxième échec. Entre l’impossibilité d’une insertion socioprofessionnelle dans une société corrompue et les espérances amoureuses qui s’effondrent en conséquence, le sentiment d’injustice s’empare du héros. Aussitôt, l’insurrection islamiste s’offre comme une compensation.

La dérive terroriste : une intolérance agressive à la frustration

Il existe plusieurs sortes de réponses à la frustration. Certains individus vont la tolérer, d’autres pas du tout. On parle alors de tolérance[30] ou d’intolérance[31] à la frustration. Celle-ci peut engendrer une motivation de déficit qui conduit à une stratégie de remplacement, de substitution : alcool, drogue, sexualité débridée, boulimie, excès de travail, dépression, mélancolie. C’est dire que la frustration peut être considérée comme un comportement problématique, et peut causer un nombre d’impacts, aux dépens de la santé mentale de l’individu. Dans certains cas positifs, cette frustration s’accroît jusqu’à un niveau tel que le patient ne la supporte plus et tente rapidement de trouver une solution aux problèmes qui causent cette frustration. Dans certains cas négatifs, cependant, l’individu peut percevoir la source de sa frustration au-dessus de ses moyens, et ainsi la frustration grandit, causant éventuellement des comportements problématiques, comme des réactions violentes[32]. Ces derniers cas de figure seraient malheureusement une des réponses les plus directes et les plus connues à l’accumulation d’événements frustrants[33].

Comme le dit Jacques Bertrand[34], le parallèle frustration-agression est l’hypothèse théorique de Dollar et Miller. La frustration est un stimulus à l’agression, mais la réponse se situe dans un répertoire dont la hiérarchie est propre à chaque individu, bien que l’agression constitue une réponse dominante. La publication de Frustration and aggression a servi de base théorique à beaucoup de recherches sur la frustration et sur ses liens avec l’agression. Reprise par Berkowitz, l’hypothèse de la frustration-agression subit une reformulation majeure relative à la définition même de la frustration. Ainsi, pour cet auteur, les frustrations sont des événements aversifs qui génèrent une inclination vers l’agressivité, mais seulement dans la mesure où ils produisent un effet négatif. Une incapacité imprévue d’atteindre un but attrayant est plus déplaisante qu’une incapacité prévue et incite à plus d’agression[35]. Dans la théorie de Rosenzweig, la frustration est mesurée à partir de ses réactions et celles-ci sont d’abord analysées en termes d’économie des besoins frustrés. En ce sens, les trois types de réactions possibles sont : la dominance de l’obstacle, la défense du moi, et la persistance du besoin[36]. Compte tenu de leur type, les réactions sont ensuite mesurées en termes de direction. Ainsi, elles peuvent être intropunitives, impunitives ou extrapunitives[37].

Dans le cas de la réponse intropunitive, le sujet se sent responsable de sa propre frustration. Le blâme de soi ou l’autodénigrement ainsi que les émotions de culpabilité et de remords sont habituellement associées à ce type de réponse. Par rapport aux mécanismes de la théorie psychanalytique, ce type de réponse correspond au déplacement et à l’isolation.

Pour ce qui est de la réponse impunitive, elle est différente, car elle nie la
frustration en tant que force génératrice d’agression. Dans la mesure où elle n’est pas niée, la situation est jugée comme étant inévitable. Le sujet essaie d’éviter toute formulation de reproche à soi ou à autrui et peut même tenter une approche conciliante. Par rapport à la théorie psychanalytique, ce type de réponse correspond à la répression.

Quant à la réponse extrapunitive, que Rosenzweig appelle également extragression, la cause de la frustration est attribuée à une personne ou à un facteur extérieur, mais pas à soi. Les émotions associées sont la colère et l’irritation. Par rapport aux mécanismes de la théorie psychanalytique, ce type de réponse correspond parfois à la projection. Taha, le personnage d’Alaa El aswany, réagit de manière extrapunitive à la frustration subie. Il évolue dans une société où la projection et la réalisation objectives de soi sont impossibles du fait de l’injustice, de la corruption et du népotisme. Ces réalités inacceptables constituent les éléments externes de sa colère, faisant de lui un individu facilement manipulable par les partisans de l’intégrisme ou du fondamentalisme religieux.

L’Immeuble Yacoubian est un roman de la même veine que Les Hirondelles de Kaboul[38], L’Attentat[39] et Les Sirènes de Bagdad[40], de l’écrivain algérien Yasmina Khadra. Dans ces fictions, les deux romanciers maghrébins semblent ne voir qu’une seule explication au terrorisme : l’injustice, la pauvreté, le déterminisme social, l’histoire individuelle et collective. À la lecture de leurs œuvres, il apparaît que le terrorisme est causé par des facteurs autres que des aspirations religieuses. Ils ne sont du reste pas les seuls à établir un parallélisme entre l’intégrisme religieux et certaines conditions sociales. La pauvreté, le chômage, la famine, les disparités de développement, l’humiliation, le délitement des valeurs, etc., offriraient un terreau favorable aux recruteurs sans scrupule qui savent repérer les esprits les plus fragiles et influençables pour les embrigader dans ce suicide d’eux-mêmes et de la société dans laquelle ils ont pourtant grandi.

Le terrorisme s’épanouit donc lorsqu’il n’y a pas d’autres options, quand le manque d’opportunités économiques et les injustices sociales sont criants. Vu ainsi, le terrorisme ne serait alors qu’un acte de révolte ou d’insurrection contre un ordre existant. Tel est en tout point de vue ce qui ressort de l’opinion de Laurent Dauré[41]. Selon ce dernier, les forfaits des terroristes « sont des actes de personnes désespérées, rendues enragées par un sentiment d’injustice, de détresse existentielle. La religion n’est que le catalyseur irrationnel d’une indignation rationnelle, elle ajoute une exacerbation et des justifications métaphysiques à des réactions morales légitimes qui peuvent exister indépendamment d’elle (celles-ci s’expriment d’une autre façon dans le militantisme politique, l’engagement humanitaire, l’écriture, etc.)».

Avec Taha Chazli d’El Aswany, on entre dans la vie d’un étudiant qui, d’abord respectueux de la hiérarchie, devient un révolté face à l’injustice dont il est victime et se laisse séduire par les sirènes de l’islamisme intolérant et manipulateur. Le roman est, entre autres, remarquable parce que l’auteur arrive à restituer la construction d’un jeune activiste islamiste fervent et djihadiste, frustré, brillant, mais rejeté parce qu’il n’est que le fils du concierge, qui incarne la radicalisation de la partie la plus pauvre de la population qui se réfugie dans un islam rigoriste et conquérant.

El Aswany a su faire de cet être de papier, la représentation d’une certaine partie de la population, celle qui se sent la plus humiliée, et qui se réfugie dans les rangs des religieux dont le discours et les actes deviennent de plus en plus violents pour séduire une jeunesse sans espoir, dont le rêve est d’abattre, de punir le pouvoir dirigeant. À cette jeunesse, le gouvernement en place a ôté avenir et dignité. Le regard de l’écrivain avive le souvenir des événements de 2011 au cours desquels les Égyptiens manifestaient dans les rues pour réclamer du pain, la liberté et la justice sociale. Sept ans après la révolution, les familles ont le sentiment que rien n’a changé. Bien au contraire, tout semble plus difficile qu’avant. Les jeunes se sentent asphyxiés. Le taux de chômage de la population est officiellement de 13 %. Celui des jeunes serait au moins deux fois supérieur[42].

L’islamisme le plus radical s’offre comme l’ultime recours en vue de se rebeller contre les injustices que l’autorité publique perpétue. C’est ainsi que Taha passe de l’échec à l’activisme terroriste. À la suite de sa participation aux manifestations contre la guerre en Irak, perçue comme un crime contre les musulmans, il est arrêté, torturé, sommé de livrer des informations sur une organisation à laquelle il appartiendrait. Car il a été trouvé dans sa chambre la Charte de l’action islamique que le Cheikh lui avait donnée pour lecture (IY, p. 199-203). Ces événements malheureux seront suffisants pour le décider à s’embarquer pour un camp d’entrainement djihadiste. L’échec, la frustration, l’humiliation subite au centre d’internement le transforment complètement. Il passe de l’humilité, de la gentillesse, de la politesse et surtout de la serviabilité à la fureur envers et contre tout :

Ceux qui avaient connu Taha Chazli autrefois auraient eu du mal à le reconnaître maintenant. Il avait complètement changé, comme s’il avait troqué sa personnalité ancienne pour une nouvelle […], à l’intérieur, c’était une nouvelle âme, forte et fougueuse qui avait pris possession de lui […] Il avait appris du Cheikh Chaker que le genre humain était trop méprisable […] Tous ses anciens critères séculiers s’écroulèrent comme s’effondre un bâtiment ancien lézardé et furent remplacés par une juste appréciation islamiste des choses (IY, p. 153-154).

Voilà comment Taha devient une proie, se transforme au fil des endoctrinements, collabore aux projets criminels. Malheureusement, il perd la vie lors d’un attentat contre le colonel Saleh Rachouane, un officier supérieur de la Sécurité d’État (IY, p. 318). Cet officier est en réalité celui qui a supervisé sa torture après son arrestation. Le Général est l’une des incarnations de l’opulence insolente d’un régime égyptien sur lequel une minorité a fait main basse. Au-delà de l’insurrection islamiste, il s’agit de s’attaquer à l’un des symboles humains d’une institution sociopolitique perverse. L’adhésion à l’islamisme n’est, au fond, que de l’intolérance, de l’indignation et de l’offuscation face au spectacle des injustices. Le tableau peint par El Aswany est bien réaliste et présente une Égypte qui ne laisse que peu d’espoir à une jeunesse frustrée, confrontée aux disparités sociales et qui se laisse facilement enrôlée dans les rangs des combattants de l’islam.

Conclusion

L’analyse que nous venons de mener vise à démontrer le lien que le roman L’Immeuble Yacoubian de l’Égyptien Alaa El Aswany établit entre sentiments de frustration et terrorisme. L’écriture de ce roman se singularise par la douceur extrême du style, la tendresse du regard et surtout la capacité de l’auteur à imaginer des personnages représentatifs d’une réalité sociale. La relation frustration-révolte terroriste est décrite sous la figure du personnage de Taha Chazli. Le mécanisme de narration et d’analyse psychologique mis en place, relatif à la trajectoire de ce protagoniste, va d’une double frustration, d’abord socioéconomique et subséquemment amoureuse, à un sentiment de révolte sous fond d’actes terroristes. C’est sur la base des théories se rapportant à la frustration, autour de laquelle se configurent par ailleurs certains thèmes de l’œuvre, que nous avons effectué une étude descriptive. De ce point de vue, la frustration économique est liée à l’impossibilité pour le héros de réaliser son rêve de devenir officier de police, ceci dû à ses origines et à un système sociopolitique envahi par la corruption et le favoritisme. Son souhait d’épouser la jeune Boussaïna sera déçu à la suite de cette difficulté d’insertion professionnelle. D’où la seconde frustration, d’ordre amoureux cette fois-ci. En conséquence, ces différents échecs auront été suffisants pour faire fermenter la haine dans l’esprit du héros. En proie à l’amertume, il s’attribue le statut psychosocial d’une victime. Devenant par la même occasion un sujet facilement manipulable entre les mains des islamistes. Une fois de plus, une plume se met au service du social pour avertir du danger terroriste qui pèse sur les jeunes si ces derniers ont le sentiment d’être en face d’un ascenseur social bloqué. À ce propos, le regard d’Alaa El Aswany est sans ambages. L’auteur semble voir dans l’insertion des jeunes, la prise en compte, au niveau politique, de leurs aspirations, le seul moyen pour juguler la montée de l’islamisme dans les pays comme l’Égypte de même que certains pays occidentaux où la crise de repères entraîne la radicalisation religieuse. L’exemple français avec ses ressortissants en Syrie et en Irak est plus qu’éloquent à ce sujet.

Après un séjour doctoral au Laboratoire Centre Pluridisciplinaire Textes et Cultures (UFR Lettres et Philosophie, Université de Bourgogne, Dijon (France)) et un doctorat obtenu à l’Université de Dschang en Études Françaises et Francophones, Bernard Bienvenu Nankeu est membre du GRELCEF (Groupe de recherche et d’études sur les littératures et cultures de l’espace francophone) et enseigne au Département de Langue et Littérature Françaises de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Maroua, au Cameroun. Il s’intéresse à l’érotisme (désir, amour, représentation), à l’identité et aux mentalités dans les littératures africaines et de l’espace francophone (y compris la France). Domaines dans lesquels il a déjà publié une quinzaine d’articles et deux ouvrages collectifs, en collaboration : Francographies africaines contemporaines : identités et globalisation, Bruxelles, Peter Lang, 2017, Discours et sexe dans les littératures francophones d’Afrique. Vers un changement des mentalités ?, Paris, l’Harmattan, 2018.

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Notes

[1] Alaa El Aswany, L’Immeuble Yacoubian, Paris, Actes Sud, 2006

[2] Pascale Casanova, La République mondiale des Lettres, Paris, Points, 2008.

[3] Écrivain égyptien (1911-2006) dont la « Trilogie du Caire » composée de trois romans (Impasse du palais, Le Palais du désir, Le Jardin du passé (1956-1657)), lui apporte la reconnaissance et le succès. Cf. « Mahfouz, Naguib. » Microsoft® Encarta® 2009 [DVD]. Microsoft Corporation, 2008.

[4] Interview d’Alaa El Aswany dans l’émission Espace Francophone diffusée à la CRTV (Radio et Télévision gouvernementales Camerounaises) le mardi 17/10/2011) à 10 h 15 min

[5] Michel Erman, Poétique du personnage, Paris, Ellipses, 2006, p. 91.

[6] Joëlle Gardes-Tamine & Marie-Claude Hubert, Dictionnaire de critique littéraire, Paris, Armand Colin, 2011, p. 182.

[7] Jacques Claude Duchet, Sociocritique, Paris, Nathan, 1979.

[8] Dubois, « La sociologie de la littérature », dans Maurice Delcroix & Fernand Hallyn (dir.), Méthodes du texte. Introduction aux études littéraires, Paris-Gembloux, Duculot, 1987, p. 289.

[9] Au sujet des types et détails sur les théories de la frustration, nous renvoyons le lecteur aux pages 5 à 7 de : Évaluation métacognitive du style de réponse à la frustration chez l’adulte selon la théorie de S. ROSENZWEIG, mémoire de maîtrise de Jacques Bertrand, soutenu à l’Université du Québec à Trois-Rivières en 1991. C’est un travail de recherche académique qui présente, entre autres découvertes, une taxinomie précise des différentes théories connues sur la frustration.

[10] Lire à cet effet Johanna Stute-Cadiot, « Frustration », ERES | « Figures de la psychanalyse », Vol.2, no 18, (2009), p. 173-174.

[11] Sigmund Freud, La morale sexuelle culturelle et la nervosité moderne, Paris, PUF, 1908.

[12] Johanna Stute-Cadiot, « Frustration », ERES | « Figures de la psychanalyse », Vol.2, no 18, (2009), p. 173-174.

[13] Johanna Stute-Cadiot, Ibid.

[14] Johanna Stute-Cadiot, Idem., p. 172.

[15] Cités par Jacques Bertrand, « Évaluation métacognitive du style de réponse à la frustration chez l’adulte selon la théorie de S. Rosenzweig », Mémoire présenté à l’Université du Québec à Trois-Rivières comme exigence partielle de la maîtrise en psychologie, novembre 1991, p. 7.

[16] Lire L’Immeuble Yacoubian, page 23-25. Les extraits illustratifs du corpus seront référencés de la sorte.

[17] Alaa El Aswany, Automobile Club d’Égypte, Paris, Actes Sud, 2014.

[18] La citation est extraite de 38 Dictionnaires et recueils de correspondance, un logiciel de rédaction qui propose, entre autres, des définitions lexicales et des citations sur des sujets variés. Le logiciel propose 114 opinions sur la religion. Celle de Karl Marx en est la cent unième.

[19] À propos de ce mot, la note du roman y afférente dit ceci : « Concept central chez les islamistes pour qui le monde est partagé entre ceux qui pratiquent un islam pur (eux-mêmes) et tous les autres (qu’ils se proclament ou non musulmans) qui vivent encore dans la Jahiliya, la période d’Ignorance qui chronologiquement précède la révélation de Mohammed, mais dont les mécréants perpétuent l’existence. C’est donc une véritable reconquête qui doit être opérée ».

[20] Selon la note du roman, il s’agit, « Tous, à des degrés divers, [de] théoriciens et inspirateurs du mouvement islamiste contemporain ».

[21] Jean-Luc Marion, Le phénomène érotique, Paris, Éditions Grasset et Fasquelle, 2003, p. 18.

[22] Jean-Luc Marion, Idem., p. 19.

[23] Jean-Luc Marion, Idem., p. 32.

[24] Jean-Luc Marion ; Idem., p. 33.

[25] Diogène Laërce, Sur le plaisir. Lettres et maximes, Paris, Payot et Rivages, 2015.

[26] Simone Manon, « Désir et besoin », [en ligne], PhiloLog – https://www.philolog.fr, Posted on 10 décembre 2007 at 14 h 32 min In Chapitre IV – Désir.

[27] Simone Manon, Ibid.

[28] Jacques Poujol, L’accompagnement psychologique et spirituel : Guide de relation d’aide, Languedoc, Empreinte Temps Présent, 2007.

[29] Abdelrahman, cité Arnaud Castaignet, « L’Égypte, une plaque tournante (de la prostitution) », [en ligne], http://www.slateafrique.com/82017/egypte-pays-du-golfe-tourisme-sexuel-prostitution (page consultée le 31/10/2012).

[30] Rosenzweig considère la tolérance à la frustration comme la capacité, chez un individu, de supporter la frustration tout en conservant son adaptation psycho-biologique. Toute la théorie mobilisée ici et relative au pont jeté entre la frustration et l’agression sont des extraits du travail académique de Jacques Bertrand, précédemment cité (voir la note de bas de page 10). Compte tenu du nombre important des emprunts qui vont de la deuxième ligne du deuxième paragraphe à la troisième ligne du troisième paragraphe de la deuxième page de ce sous-titre, et de leur combinaison pour obtenir un tout cohérent, nous n’avons pas voulu allez de citation en citation suivies de commentaires inutiles. Nous avons donc opérer des choix accompagnés de la page où ils se trouvent respectivement. Le tout réuni forme une grammaire argumentative de l’idée de la relation frustration-violence.

[31] Jérôme Chamayou et al. (2015), « Validation française de l’échelle de frustration et d’inconfort », L’Encéphale, [en ligne] https://www.researchgate.net/publication/272785467_Validation_francaise_de_l’echelle_de_frustration_et_d’inconfort (page consultée le 28/06/2019 à 7h30).

[32] Wikipédia, « Frustration », [en ligne], https://fr.wikipedia.org/wiki/Frustration, (site consulté le 10/07/19).

[33]  Neal E. Miller, « The frustration–aggression hypothesis », Psychological Review, vol. 48, no 4, ‎ juillet, 1941, p. 340.

[34] Jacques Bertrand, Op. Cit.

[35] Jacques Bertrand, Idem, p. 13.

[36] Jacques Bertrand, Idem, p. 18.

[37] Jacques Bertrand, Idem, p. 19.

[38] Khadra Yasmina, Les Hirondelles de Kaboul, Paris, Julliard, 2002.

[39] L’attentat, Paris, Julliard, 2005.

[40] Les Sirènes de Bagdad, Paris, Julliard, 2006.

[41] Laurent Dauré, « Qui sème la guerre et l’injustice, récolte désespoir et terrorisme », [en ligne], https://phi-europe.org/qui-seme-la-guerre-et-linjustice-recolte-le-desespoir-puis-le-terrorisme/#sthash.SDGMGp6l.dpbs (page consultée le 28/12/16 à 8h 29).

[42] Focus de France 24 sur l’Egypte, émission du 25 janvier 2017 à 7h 45.

Guerre et terrorisme

Revue Chameaux — n° 12 — automne 2019

Dossier

  1. Présentation du numéro

  2. Histoire et terrorisme d’après l’œuvre de Fouad Laroui

  3. L’écriture de la concernation : sacrilèges et corps violentés dans Les Tragiques.

  4. De Hans-Jürgen Syberberg à Elem Klimov : combattre « Hitler comme cinéaste »

  5. L’humanisme à l’épreuve : l’œuvre de Lorand Gaspar et le conflit israélo-palestinien

  6. Magie blanche et magie noire : cinéma populaire et terrorisme

  7. Polyphonie narrative et mise en abyme intermédiale des voix dans 11 Septembre mon amour (2003) de Luc Lang

  8. Post-exotisme et terrorisme littéraire : ambiguïté

  9. La structure thématique causale de L’Immeuble Yacoubian : entre frustration et dérive terroriste

  10. Quels régimes de vraisemblance pour les récits romanesques des témoins de la Grande Guerre ?

  11. La crudité littéraire face à la cruauté terroriste. Le cas de Charlie (José Luis Castro Lombilla) et de Carne rota (Fernando Aramburu)

  12. Matthias Bruggmann. Décentrement et incertitude du regard

  13. L’écriture du terrorisme dans la littérature algérienne

  14. Reconquérir l’Histoire par la fiction : la Bataille de Culloden dans la série télévisée Outlander

Hors-dossier

  1. Structures et fonctions du récit de deuil