« Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer », roman ironique?

Par Valeria Liljesthröm — Littératures francophones et ironie

1Parmi les œuvres de Dany Laferrière, son premier roman, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer2, est l’un de ceux qui a fait l’objet du plus grand nombre d’études critiques consacrées, plus ou moins directement, à la question des stéréotypes et des clichés. Cela s’explique par l’énorme place qu’ils occupent dans le texte, mais également par le traitement particulier que l’auteur fait de ceux-ci. Si tous les chercheurs s’entendent pour y voir un traitement humoristique des clichés, certains comme Jean-François Chassay3, Susan Ireland4, Ambroise Kom5 et Ursula Mathis-Moser6 y repèrent de l’ironie. Pourtant, leurs études ne démontrent pas, par une analyse énonciative du procédé, dans quels cas l’on peut parler d’ironie dans le traitement laferrien des stéréotypes. C’est comme si le ton moqueur et provocateur de la voix narrative suffisait à faire comprendre au lecteur que le roman doit être interprété à un second niveau de sens, non littéral, associé peut-être hâtivement à de l’ironie énonciative. Aussi, notre contribution voudrait-elle revenir sur cette question, en proposant, pour nos analyses, un cadre théorique provenant des théories de l’énonciation et en portant notre attention aussi bien sur le discours du narrateur sur le « Nègre » que sur le contexte d’énonciation que constitue pour lui la société du texte. Nous nous efforcerons de démontrer que, si l’un des critères à considérer pour reconnaître l’ironie d’un propos consiste, comme l’affirment Dan Sperber et Deirdre Wilson, à repérer un manque de pertinence flagrant de l’énoncé ou son caractère dérisoire dans des circonstances déterminées7, la confrontation du discours du narrateur avec le comportement des personnages peut apporter des éléments de démonstration valables pour problématiser certaines interprétations critiques8. Nous montrerons enfin que, si l’on peut lire ce roman comme un texte ironique, c’est plutôt par la vision du monde qu’il met en scène. Celle-ci nous semble s’appuyer, en ce qui concerne la figuration du Noir, sur les représentations élaborées par le discours occidental.

Roman francophone et ironie

À propos du roman africain et francophone contemporain, Justin Bisanswa signale, comme un de ses traits distinctifs, le recours à l’ironie et à toute une rhétorique d’humour qui s’en prend à la parole sociale comme réceptacle des idées reçues9. En effet, le regard critique des romanciers francophones sur un réel sombre a tendance à recourir, de nos jours, aux ressources du rire plutôt qu’aux postures misérabilistes et dramatiques. Ce qui ne manque pas de créer des habitudes de lecture et des attentes chez le critique littéraire.

Dès sa première œuvre, publiée au Québec, l’écriture de Dany Laferrière s’inscrit dans cette veine du roman ludique et frappe par sa désinvolture. Mettant en scène deux jeunes amis colocataires – Vieux et Bouba –, à Montréal, au début des années 80, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer donne une vision provocatrice – parce que hautement stéréotypée – des rapports sociaux et raciaux en Amérique du Nord. Le protagoniste, un immigrant noir, marginal et qui aspire à la réussite, raconte sa condition de « Nègre » dans une société occidentale majoritairement blanche. Il tente, par l’écriture d’un roman et par la conquête des jeunes filles riches d’Outremont, de remédier à son déclassement social par le biais d’un reclassement symbolique. Le visage qui nous est présenté de la société montréalaise est décrit, presque exclusivement, à travers les jeux de désir entre Noirs et Blanches et leurs rapports sexuels. Ceux-ci apparaissent comme le résultat d’une Histoire : celle de la domination de l’Occident, ou plutôt de l’homme blanc, sur les populations colonisées et sur tous ceux et celles jugé(e)s inférieur(e)s. Il s’agit donc, pour le « dragueur nègre » (C, 17), de prendre sa revanche sur l’Histoire en « baisant » (C, 19) les « filles WASP10 » (C, 18). Affichant ostensiblement et par le biais de l’humour du narrateur son inconvenance face aux normes sociales (surabondance de termes à connotation raciste, langage vulgaire et violent, image réductrice des différents groupes sociaux et ethniques), le roman invite à y voir un double sens à visée critique. Et c’est ainsi qu’il fut majoritairement reçu et rapproché de l’ironie.

Lorsqu’on s’intéresse à ce procédé discursif, le premier écueil auquel on fait face est celui de sa définition. En effet, malgré l’intérêt croissant que suscite l’ironie, les théoriciens constatent un grand flottement terminologique ayant comme corolaire la fréquente association de celle-ci à d’autres procédés comiques voisins tels que le sarcasme, la parodie, la dérision et la satire ; ou bien à d’autres figures de rhétorique telles que l’antiphrase ou l’oxymore. Afin de clarifier quelque peu la question, Pierre Schoentjes retrace l’histoire de la notion en différenciant ses quatre sens dominants, acquis au fil du temps : l’ironie socratique, l’ironie romantique, l’ironie dans les choses et l’ironie dans les mots ou dans le discours11. C’est ce dernier sens qui est majoritairement retenu lorsqu’on parle d’ironie en littérature et, en tant que phénomène lié à l’énonciation, sa définition et son étude sollicitent un éclairage provenant de l’analyse du discours.

Contrairement aux procédés discursifs qui portent sur l’énoncé, comme les jeux de mots, l’ironie opère au niveau de l’énonciation. Dans ce cas, explique Patrick Charaudeau,

le jeu énonciatif consiste pour le locuteur à mettre le destinataire dans une position où il doit calculer le rapport entre ce qui est dit explicitement et l’intention cachée que recouvre cet explicite. Il s’ensuit une dissociation entre le sujet énonciateur (celui qui parle explicitement) et le sujet locuteur qui se trouve derrière dont l’intention doit être découverte12.

Toujours selon Charaudeau, dans l’ironie « l’acte d’énonciation produit une dissociation entre ce qui est “dit” et ce qui est “pensé”13 » mettant à mal « un principe de congruence qui fonde la légitimité du sujet parlant comme devant “dire ce qu’il pense”14. » De là la difficulté à saisir l’ironie, difficulté qui est celle de tout discours à sous-entendu, puisqu’on ne peut repérer son véritable sens que par un raisonnement qui « ne donne qu’une vraisemblance, et aucune certitude15 ». Cette démarche doit se baser non seulement sur l’énoncé lui-même, mais aussi sur son énonciation. « Le raisonnement de l’auditeur, explique Oswald Ducrot, pourrait s’expliciter par une formule comme : si un tel croit bon de me dire ceci, c’est sans doute qu’il pense cela16 ». Or, lorsqu’il y a ironie (et contrairement au mensonge), l’énonciateur veut « faire entendre ce qu’il pense. […] Pour ce faire, il fournit au destinataire des indices […] lui permettant d’opérer ce renversement ou cette conversion17. » En ce sens, Susan Ireland a raison lorsqu’elle souligne que, pour ne pas faire une lecture erronée de l’utilisation des clichés dans Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, « it is essential that [Dany Laferrière’s] intention be recognized and that his use of literary devices such as irony not be taken seriously18. » Ainsi, pour pouvoir affirmer que l’emploi des clichés par Dany Laferrière est ironique, il faudrait d’abord être en mesure de relever les indices qui permettent au lecteur de saisir cette intention dans le texte.

Discours romanesque et intention ironique

Ce qui est d’emblée perceptible à la lecture du roman de Dany Laferrière, c’est la volonté de l’auteur de choquer et d’attirer l’attention sur le racisme par le biais de mots tabous. L’emploi du mot « Nègre », à connotation très péjorative, dès le titre, puis sa répétition incessante tout le long du roman par un personnage-narrateur noir, mettent en évidence une volonté d’exhiber des mots racistes que l’on ne peut guère interpréter autrement que comme critique. L’épigraphe – « Le nègre est un meuble. Code Noir, art. 1, 1685 » (C, 9) –, qui fonctionne comme clé de lecture de l’œuvre, renforce cette impression par son caractère aberrant. Le lecteur ne peut s’attendre qu’à un texte critique vis-à-vis de la problématique raciale que celui-ci s’efforce, de façon peu subtile, de mettre au premier plan. Ces considérations, sur lesquelles s’entend unanimement la critique littéraire, vont inévitablement dans le sens d’une lecture ironique de la reproduction, par le narrateur, du discours raciste occidental, dont le mot « Nègre » devient l’emblème.

En effet, si l’énoncé ironique se présente « comme une appréciation positive masquant l’appréciation qui est pensée par l’auteur, et qui donc est toujours négative19 », ou bien comme un énoncé qui « di[t] de façon sérieuse ou naïve (sur un ton impassible) quelque chose qui masque une énormité à laquelle le sujet ne croit pas20 », l’autodésignation apparemment anodine de Vieux comme « Nègre » ne peut vraisemblablement être là dans le seul but d’informer le lecteur de sa couleur de peau. Il y a au contraire plus de chances qu’elle veuille manifester la désapprobation du discours de l’Autre.

De la même manière, tel qu’on peut le constater dans le passage suivant, la reproduction grotesque et exagérée du discours raciste fait en sorte qu’il se voit ridiculisé, soulignant ainsi la distance entre la voix du narrateur et celle de l’Autre :

Ça va terriblement mal ces temps-ci pour un dragueur nègre consciencieux et professionnel. On dirait la période de nÉgriture terminée, has been, caput, finito, rayée. Nègre, outGo home Nigger. La Grande Passe Nègre, finie ! Hasta la vista, NegroLast call, Colored. Retourne à la brousse, p’tit Nègre. […] Bon, bref, telle est la situation en ce début des années quatre-vingt marqué d’une pierre noire dans l’histoire de la Civilisation Nègre. À la bourse des valeurs occidentales, le bois d’ébène a encore chuté. Si, au moins, le Nègre éjaculait du pétrole. L’or Noir. Triste, le sperme du NÈgre est blanc. Par contre, le Jaune remonte le courant. (C, 17)

Ce passage, représentatif de l’écriture laferrienne dans Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, est un bon exemple de la façon dont procède l’écrivain pour produire un acte de discours comique et potentiellement ironique. On constate d’abord une prédominance de l’isotopie de la couleur noire, jouant sur la déclinaison du mot et sa synonymie, ce qui, par effet de répétition, mais surtout par le plaisir évident que prend le narrateur à s’amuser avec des références intertextuelles et des phrases toutes faites, désamorce partiellement la valeur négative du mot « Nègre » et fait place à l’humour pour décrire la situation du personnage. Le narrateur joue également sur la polysémie des mots afin d’élaborer des paradoxes comiques (« le sperme du Nègre est blanc ») et des rassemblements insolites d’isotopies (le marché sexuel interracial associé au marché boursier) produisant des niveaux de lecture différents et attirant l’attention du lecteur sur le jeu linguistique plutôt que sur la violence de l’énoncé. Or, si l’on peut voir, en principe, dans ce ressassement de mots raciaux et racistes, une critique de la conception essentialiste des ethnies et une volonté d’érosion de ce que ces mots charrient comme représentations stéréotypées, il serait nécessaire, pour conclure au traitement ironique des clichés dans le roman, qu’il y ait une claire contradiction entre les représentations véhiculées par les lieux communs (notamment ceux du « Nègre animal, primitif, barbare, qui ne pense qu’à baiser » C, 48) et ce que montre la société du texte. Autrement dit, puisque la question raciale constitue l’essence de l’intrigue du roman, la non-pertinence (nécessaire pour qu’il y ait ironie) des propos racistes reproduits à loisir par le narrateur devrait être dénoncée par le contenu même du roman.

Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, roman ironique ?

Pourtant, selon notre lecture du texte laferrien, la confrontation du discours du personnage-narrateur avec son propre comportement ou celui des autres personnages ne fournit pas d’indices textuels suffisamment clairs pour voir systématiquement, derrière la récupération des clichés, une visée condamnatoire des représentations qu’ils véhiculent. Au contraire, ce qui se dégage du roman, c’est une ambivalence déconcertante relevant plus du jeu avec la bienséance et avec le lecteur, que de la critique des idées reçues.

Comme on peut le remarquer dès le deuxième chapitre du roman, intitulé « La roue du temps occidental », le narrateur présente le contexte où va se dérouler l’intrigue comme un univers régi par une vision manichéenne de l’Histoire, où tous les groupes ethniques sont opposés et typés, mais où celui qui domine reste le Blanc. Sans prétention réaliste21, le roman s’appuie sur une logique ludique selon laquelle des changements de positions, même partiels ou passagers, sont possibles, mais peu ou pas susceptibles de modifier la mécanique profonde du système : « Ce sont les Japonais qui mènent la danse sur le volcan. C’est leur tour. Le casino de la baise. Rien à redire. Rouge, Noir, Jaune. Noir, Jaune, Rouge. Jaune, Rouge, Noir. La roue du temps occidental. » (C, 20)

Cette façon de présenter le cadre de l’action n’a pas de visée ironique. Le narrateur ne veut pas faire entendre une chose différente de celle qu’il énonce, mais faire état d’un contexte sur le mode de l’humour, en jouant sur la dissociation d’isotopies : mêler la question sexuelle et raciale à un jeu de hasard, et le jeu de hasard à l’Histoire de l’Occident, qui « mène » toutefois le jeu ou, pour utiliser une autre métaphore chère à Dany Laferrière, qui « gère » la bourse des valeurs. Cela va justifier dans le roman une logique de la revanche (réduite ici à une question sexuelle) et de la « haine » (C, 19) – plutôt qu’une logique de dépassement du conflit, des idées reçues ou des rôles socialement assignés – qui se traduit par une violence verbale et rhétorique. Au langage vulgaire (« baise », C, 18 ; « foutre », C, 18 ; « salaud », C, 19 ; « bander », C, 47 ; « pipe », C, 48 ; « pine », C, 77 ; « merde », C, 118 ; « enculer », C, 123 ; etc.) s’ajoutent les affirmations choquantes (mots et stéréotypes racistes, appels à la violence : « Enfin, du sang ! », C, 19) et la comparaison de l’acte sexuel avec les conflits armés : le génocide des Amérindiens (C, 18), la guerre de Corée et du Vietnam (C, 19), la guerre nucléaire et la bombe atomique (C, 19).

Ainsi, la « vengeance nÈgre » (C, 19) par la « baise » de la fille « la plus blanche, la plus insolente, la plus raciste » (C, 19) constitue le moteur de l’action des personnages noirs, y compris du narrateur, qui voit chaque « conquête » féminine comme une victoire et comme une possibilité d’élévation dans l’échelle sociale. Mais la série d’oppositions binaires – Blanc/Noir, dominant/dominé, maître/esclave, puissant/impuissant (naturellement, dans les deux sens du terme, sauf qu’en termes de puissance sexuelle, le rapport Blanc/Noir s’inverse), citoyen/immigrant, riche/pauvre, propre/sale, etc. – qui structure la société du texte et qui donne consistance, en définitive, aux idées reçues, n’est jamais dépassée. Au contraire : les personnages confirment les représentations stéréotypées associées à chaque groupe social22.

Dans cet univers romanesque, les Noirs sont des hommes, pauvres, marginaux et des immigrants au chômage. Le protagoniste, par exemple, se décrit par le manque : manque de valeur pour la société (« ma peau ne vaudra pas cher », C, 31), « nudité » matérielle (signifiée principalement par la décrépitude et l’insalubrité de son appartement, mais aussi par le peu de choses qu’il possède : le manque d’argent, le réfrigérateur dégarni, etc.), manque de rêves réalisés (« Nègre rempli à craquer de phantasmes, de désirs et de rêves inassouvis », C, 31), manque de conscience (« je suis trop pauvre pour m’en payer une », C, 31) et non-correspondance avec ce qu’il voudrait être : « gosse de riche, intelligent, sophistiqué, doux, futé à souhait » (C, 28), « je voudrais être Blanc » (C, 79).

Parmi les attributs positifs de Vieux, qui restent toutefois très stéréotypés, mentionnons son sens de l’humour, son goût pour la danse et sa bonne performance sexuelle que plusieurs chapitres se plaisent à illustrer. Seule son intelligence et ses connaissances culturelles viennent atténuer l’adéquation presque parfaite du personnage au stéréotype du « Nègre primitif » : naïf ou bon enfant, fort physiquement, « affamé » sexuellement et donc animalisé, ou suivant plus l’instinct que la raison. En effet, si le protagoniste n’est pas naïf, sa compagne Miz Littérature entretient quand même avec lui un rapport maternel qui l’infantilise. Elle lui apporte à manger et s’occupe des tâches ménagères dans l’appartement alors que lui reste couché la plupart du temps. C’est que, explique le narrateur, « je lui fais l’impression d’un enfant innocent qu’on aurait trop maltraité. Elle aime me faire l’amour. Après la tempête, elle me garde dans ses bras. Je pique, là, un somme. Sur son sein blanc. Je suis son enfant. Un gosse méfiant, si dur parfois. Son gosse nègre. » (C, 46)

Par ailleurs, si le texte ne fait pas particulièrement allusion à sa force physique, celle-ci est métaphorisée par son sexe, toujours décrit en érection, et par sa bonne performance sexuelle. L’animalisation ou le primitivisme du personnage vient du fait que sa puissance physique est reliée à une forte voracité et que les plaisirs du corps chez lui sont dissociés de la dimension affective. Non seulement la nourriture et la faim occupent une place importante dans le roman, ce qui fonctionne, certes, comme un signe clair de la pauvreté des immigrants noirs dans la société du texte, mais encore leur appétit est présenté comme hors du commun. Ainsi, affirme Miz Littérature : « T’as un tel appétit… […] Je t’assure, ça me fascine de te voir manger. Tu fais ça avec une telle passion. Je n’ai jamais vu personne d’autre le faire ainsi. » (C, 30) De plus, cette avidité est rapprochée de l’appétit sexuel, ramenant les deux activités au même niveau : « Miz Littérature dit que je fais l’amour comme je mange. Avec la voracité d’un homme perdu sur une île déserte. » (C, 45) Et le narrateur s’amuse à confirmer cette association en jouant sur l’opposition végétarien/carnivore (comme dans le chapitre « Le premier nègre végétarien »), ce qui lui permet de renforcer, par un jeu de mots, le stéréotype du Noir amateur de chair, donc de sexe, tel qu’on peut le lire dans cet énoncé : « Ce n’est plus une de ces baises innocentes, naïves, végétariennes, dont elle a l’habitude. C’est une baise carnivore. » (C, 50) Mais surtout, il contribue à l’animalisation du personnage en ramenant le rapport avec ses compagnes à une question exclusivement physique. Il n’est jamais question de sentiments. Vieux se dit dragueur et amateur de sexe comme s’il s’agissait d’un métier et il ne se montre pas autrement23. Le rapport qu’il entretient avec les différents personnages féminins sont rarement dépourvus d’une dimension sexuelle, ne serait-ce que par la pensée ou par le regard qu’il porte sur eux.

On pourrait nous objecter, avec raison, que l’attitude de Vieux envers les femmes relève aussi d’une question stratégique de reclassement social ou d’une volonté de vengeance, ce qui répondrait donc à un comportement réfléchi, comme on peut le présumer des réflexions du narrateur : « il faut que je fasse attention à ne pas trop la charrier sur sa gentillesse et tout, car Miz Littérature est encore le meilleur parti qu’un Nègre puisse se permettre en temps de crise. » (C, 31) Ou encore, comme le montrent ses méditations chez Miz Littérature à propos de son rôle dans cette maison qui représente l’Angleterre et l’Occident colonisateur : « Faut dire que je suis là, uniquement, pour baiser la fille. Donc, je suis, en quelque sorte, À ma place, moi aussi. Je suis ici pour baiser la fille de ces diplomates pleins de morgue qui nous giflaient à coups de stick. » (C, 103) Par ailleurs, il est indéniable que l’image d’intellectuel sarcastique, d’écrivain et de « Nègre génial » (C, 94) que donne de lui-même le personnage-narrateur contredit, comme le soutient María Fernanda Arentsen24, le stéréotype du « Nègre primitif ». Mais, peut-on affirmer pour autant que le traitement des stéréotypes dans le roman est ironique ? Jouer consciemment le rôle du « Nègre » pour répondre aux fantasmes de la Blanche n’est-il pas tout de même significatif de l’aliénation du Noir et de son intériorisation de la place que lui a accordée l’Autre ? Accepter d’incarner le mythe du Nègre pour en tirer un certain profit avec les femmes et accomplir une revanche historique25, n’est-ce pas accepter, par le même geste, de rester soumis à la position d’objet que rappelait l’épigraphe et reconnaître la supériorité de l’Autre ?

L’ironie, rappelle le Groupe µ, est toujours « circonstancielle26 » : « elle n’est rien d’autre que l’intersection d’une structure antiphrastique [qui implique la contradiction entre un énoncé et son contexte d’énonciation] et d’un éthos moqueur27 », produit de l’incongruence entre le signe et son référent. Or, dans Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, l’environnement finit par correspondre au sens de l’énoncé. Ainsi que le montre Arentsen dans son étude du roman, « [l]e narrateur ne conteste pas explicitement [le] discours [stéréotypé], au contraire, il s’amuse à le faire circuler, à le mettre en évidence, à l’affirmer et même à l’exagérer28. » Et le personnage « endosse délibérément la caractéristique que lui attribue le stéréotype (comme dragueur et grand baiseur)29 », ce qui explique sans doute le malaise de beaucoup de lecteurs face à l’ambivalence du texte. Parce que malgré les commentaires métatextuels du narrateur qui viennent justifier la reproduction des stéréotypes dans le roman (« J’écris […]. Des phantasmes. […] [L]a sexualité est avant tout affaire de phantasmes et le phantasme accouplant le Nègre avec la Blanche est l’un des plus explosifs qui soit. », C, 128-130), ce qui en résulte, c’est leur confirmation. Au lieu de donner à lire une énonciation ironique des clichés, le comportement des personnages et l’intrigue leur octroient consistance ou valeur d’autorité30.

On pourrait voir tout au plus une contradiction entre un narrateur conscient de l’arbitraire des clichés et du fait qu’ils opèrent une simplification et une généralisation sur le réel, mais n’échappant pas pour autant aux représentations qu’ils véhiculent. Parce que, dans le roman, les clichés répondent aux besoins de l’intrigue et de la figuration du monde qu’il donne à lire. Cette contradiction qui fonde l’ambivalence du texte est-elle volontaire31 ? Constitue-t-elle une stratégie de l’auteur pour se moquer du lecteur ? Peut-être bien. Ceux qui feront une telle lecture du roman riront davantage. Cette contradiction montre-t-elle plutôt un personnage aliéné qui ne peut percevoir la société qu’à travers des représentations figées et stigmatisantes ? Peut-être bien aussi. Quoi qu’il en soit, si l’ironie énonciative ne semble pas présente dans le traitement des clichés, le roman exploite toutefois un autre type d’ironie.

Figuration du monde et ironie de situation

Si l’on peut parler du premier roman de Dany Laferrière comme d’un « texte ironique », c’est plutôt, croyons-nous, par sa représentation du réel à partir d’un regard ironique – ce que les théoriciens appellent « ironie de situation » ou « ironie du sort »32 – et non pas tant par la présence de propos ironiques au sujet des clichés. En effet, dans la figuration du social que donne à lire l’écrivain, l’agencement des faits laisse souvent apparaître des situations en contradiction avec l’ordre du monde ou avec ce qui serait prévisible selon un certain état de choses, qui provoquent un effet de surprise et une « idée d’équité33 » propres à l’ironie de situation. L’exemple le plus évident du roman, parce que structurant, est celui du renversement que permet la « complicité » sexuelle entre le Noir et la Blanche, pour se venger de la domination du Blanc (C, 129). L’ironie s’explique par le fait que celui qui est déprécié et marginalisé, soit le Noir, réussit mieux que le Blanc à conquérir celle qu’il chérit le plus : la femme blanche. Cette ironie du sort, nourrissant le sentiment de vengeance du Noir, engendre un effet de symétrie salutaire dans la représentation essentiellement inégalitaire du monde que propose le narrateur. Le renversement ironique est en quelque sorte tributaire d’un principe de justice qui permet de dédramatiser un réel et surtout une Histoire douloureuse qui émerge tout au long du texte par allusions. Il fonctionne également comme justificateur de la violence des personnages. Sans cela, la « haine » (C, 19), le mépris et l’agressivité qui régissent les rapports interraciaux dans le roman laferrien l’emporteraient sur les nombreux procédés comiques qui s’efforcent de neutraliser leur violence.

Ainsi, le sentiment de réjouissance qu’éprouve Vieux en se faisant « servir », ou en rêvant d’être servi par une Blanche – « Carole Laure, esclave d’un Nègre. Qui sait ? » (C, 28) – serait beaucoup plus répréhensible socialement s’il n’y avait pas un rappel constant de l’Histoire de l’esclavage des Noirs. Dans l’exemple de la servilité de Miz Littérature, l’ironie vient du paradoxe d’une attitude inexplicable pour une « fille WASP », de surcroît féministe. « Ce qu’elle fait ici », soutient Vieux, « on lui braquerait un fusil sur la tête pour qu’elle fasse la même chose pour un Blanc qu’elle n’en ferait même pas le dixième. […] Peut-être qu’elle le fait pour mener deux vies. Une chez elle où elle est une princesse WASP, et une autre ici où elle est l’esclave d’un Nègre. » (C, 43) En filigrane, la fiction donne à lire la situation comme un renversement inattendu de l’Histoire où l’esclave devient maître et le maître devient esclave.

L’attrait des filles de McGill pour l’« abject un et demie » (C, 11) des immigrants noirs suit la même logique. Le narrateur s’en moque en soulignant le caractère ironique d’une relation vue à travers le prisme des rapports de classe :

Miz Littérature a aussi apporté avec elle son nécessaire de toilette. Danger. Que veut-elle ? Entend-elle sous-louer l’unique pièce que nous partageons, Bouba et moi ? Elle habite sûrement un immense appartement bien éclairé, bien aéré, bien parfumé, à Outremont, et c’est ici qu’elle entend vivre ! En plein Tiers-Monde. Tous ces infidèles ne sont que des pervers. (C, 27)

Dans cet exemple, l’ironie de situation est doublée d’une ironie énonciative. Si le narrateur feint de croire que la présence du nécessaire de toilette de Miz Littérature cache une intention de sous-location de leur appartement « crasseux », c’est pour mieux souligner l’écart socioéconomique qui les sépare et qui, dans un monde aussi inégalitaire, rend leur liaison invraisemblable et incongrue. La présence du mot « danger », souligné par le changement de police, ainsi que le questionnement paranoïaque du personnage qui s’ensuit, constituent, par leur caractère exagéré, des clins d’œil au lecteur du ton blagueur de l’énonciateur.

Un autre exemple d’ironie du sort est représenté dans le chapitre « La drague immobile », où le narrateur décline autrement le motif du séducteur improbable pour retourner la logique de domination masculine entre Blancs et Noirs. Ici, le paradoxe vient du fait que la plus belle fille de McGill, Valérie, « tombe littéralement en syncope » (C, 65) pour Bouba qui, justement, a horreur de la beauté. La fille la plus convoitée, belle, riche et intelligente d’Outremont se fait complètement ignorer par un homme qui, suivant la logique d’une société de classes et de groupes ethniques qui ne se mélangent pas, n’aurait jamais pu aspirer à la conquérir. Alors que « tout le monde lui fait des avances » (C, 65) qu’elle refuse, Bouba, sans même bouger de son divan, sans même la regarder, l’a à ses pieds. Le narrateur résume l’ironie de la situation par une réflexion tout aussi paradoxale : « Fallait y penser : pour avoir la plus belle fille de McGill, il suffit de rester chez soi. La drague immobile. » (C, 65)

Pour citer un dernier exemple dont le caractère ironique a été soulevé par Mounia Benalil, il faudrait mentionner que, dans un univers où le Noir est perçu comme « primitif » et où les Blancs et les Blanches accèdent aux universités les plus prestigieuses, « ce sont les Nègres qui sont les vrais intellectuels du roman34 ». À plusieurs reprises, le narrateur se moque de la naïveté des femmes qu’il rencontre et qui, convaincues de la candeur du Noir, le croient incapable de mentir : « elle étudie à McGill (une vénérable institution où la bourgeoisie place ses enfants pour leur apprendre la clarté, l’analyse et le doute scientifique) et le premier Nègre qui lui raconte la première histoire à dormir debout la baise. » (C, 31) L’ironie vient notamment du fait que ceux qui croient avoir apporté les Lumières aux « non-civilisés », ceux qui accèdent aux lieux de formation les plus exclusifs, se font berner par ceux qu’ils marginalisent et sur lesquels ils pensent avoir une supériorité d’esprit par leur accès préférentiel aux connaissances. Encore une fois, une certaine forme de revanche sur l’Histoire, qui a fait tant de tort aux peuples colonisés, s’exerce par un retournement de situation inattendu. Ce type d’ironie, qui régit dans une bonne mesure les rapports sociaux dans le roman, renvoie donc « à une façon fondamentale d’organiser et de justifier un monde dans lequel la notion d’équilibre est primordiale35. » Cette configuration de la société du texte, quoique critique et ironique, ne nous semble pas pour autant parvenir à subvertir les clichés et stéréotypes raciaux reconduits par la voix narrative. Au contraire, c’est parce qu’il y a, malgré tout, intériorisation des représentations véhiculées par le discours colonial et acceptation des rôles attribués aux dominants et aux dominés par l’Histoire, que le comportement et les propos violents de Vieux deviennent tolérables dans l’univers du roman, parce que justifiés. En définitive, faute de pouvoir changer l’Histoire et le réel, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer propose de rêver à un monde aux rôles renversés.

En conclusion, le roman de Dany Laferrière comporte, au-delà de la raillerie et de l’humour du narrateur, une dimension critique importante. Une Histoire grave – celle de la colonisation et de l’esclavage – est toujours latente et se montre de temps à autre par allusions, en même temps que des problématiques sociales complexes et très sérieuses sont placées au centre de la diégèse : le racisme, la précarité de la vie des immigrants et l’écart socioéconomique obscène entre les classes sociales d’une ville nord-américaine actuelle. La façon de voir le monde à travers un regard ironique, la distanciation critique du narrateur par l’humour et une certaine ambivalence dans la représentation stéréotypée des personnages n’empêchent pourtant pas le texte de contribuer au maintien de la plupart des idées reçues sur les Noirs36. Par son comportement, largement motivé par un désir de vengeance, le Noir reconnaît implicitement son infériorité vis-à-vis de l’Autre. Et l’ironie du sort (qui joue cette fois contre lui !) veut que, pour accomplir sa revanche, le Noir se soumette au regard du Blanc, restant ainsi pris, malgré l’avantage qu’il croit tirer de sa situation, au jeu de celui qu’il croit tromper. Ceci dit, confirmant l’affirmation de Philippe Hamon selon qui « le texte littéraire est par essence voué au malentendu37 », il nous semble que le roman de Dany Laferrière demeure, ainsi qu’il a été souligné à quelques reprises, ambivalent. Au lecteur donc de tirer ses conclusions et d’accepter le défi lancé par l’écrivain. Certains resteront avec un sentiment positif et retiendront des aventures de Vieux le « happy end » : sa « revanche » sur l’Histoire et son succès comme écrivain (la mise en abyme du roman réel avec celui du personnage invite à faire cette lecture). Alors que d’autres y verront, avec compassion, un personnage aliéné, toujours prisonnier du regard de l’Autre et luttant désespérément pour en finir avec sa condition de dominé dans un monde régi par des rapports sociaux historiquement inégalitaires. L’humour du narrateur, pour les premiers, aura sans doute provoqué un rire franc, par l’établissement, entre eux, d’une connivence ludique basée sur la dérision. Pour les seconds, l’humour aura servi à atténuer la gravité du propos et sera perçu comme une stratégie rhétorique pour faire « passer » des propos choquants. Quoi qu’il en soit, cette ambivalence du texte, qui déconcerte la critique et suscite des réactions opposées, constitue probablement la plus grande force du roman.

Bibliographie

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Notes de bas de page

  1. Je remercie le Fonds de recherche du Québec – Société et Culture de m’accorder les moyens de mener à bien mes recherches.
  2. Dany Laferrière, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, Montréal, Éditions Archambault, 2007 [1985]. Désormais, les références à ce roman seront indiquées par le sigle C, suivi de la page, et placées entre parenthèses dans le corps du texte.
  3. Jean-François Chassay, « Topographies américaines », Voix et Images, vol. 19, n° 2 (1994), p. 417.
  4. Susan Ireland, « Declining the Stereotype in the Work of Stanley Lloyd Norris, Max Dorsinville, and Dany Laferrière », Québec Studies, no 39 (printemps-été 2005), p. 55-77.
  5. Ambroise Kom, « Être immigrant sans galérer : les recettes de Dany Laferrière », dans Edris Makward, Mark Lilleleht et Ahmed Saber [éd.], North-South Linkages and Connections in Continental and Diaspora African Literatures, Trenton, Africa World, 2005, p. 429-440.
  6. Ursula Mathis-Moser, Dany Laferrière : la dérive américaineMontréal, VLB éditeur, 2003.
  7. Dan Sperber et Deirdre Wilson, « Les ironies comme mentions », Poétique, no 36 (dossier « Ironie »), (novembre 1978), p. 403.
  8. Il faut mentionner que certaines études, notamment celle de María Fernanda Arentsen, se sont déjà efforcées de lire le roman à la lumière de cette confrontation entre discours et comportement des personnages, mais sans s’appuyer directement sur une approche pragmatique du texte. Notre lecture de l’œuvre rejoint toutefois, sur de nombreux aspects, celle d’Arentsen et son travail est éclairant. Cf. María Fernanda Arentsen, « Le Rôle-complexe des stéréotypes dans le discours du narrateur migrant de Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer », Dalhousie French Studies, no 79 (été 2007), p. 93-110.
  9. Justin Bisanswa, « Totalité, savoirs et esthétiques du roman négro-africain », Revue de l’Université de Moncton, vol. 37, no 1 (2006), p. 12.
  10. WASP : White Anglo-Saxon Protestant.
  11. Pierre Schoentjes, Poétique de l’ironie, Paris, Seuil, (Points Essais), 2001, p. 23-24.
  12. Patrick Charaudeau, « Des catégories pour l’humour ? », Questions de communication, no 10 (2006), p. 27.
  13. Id.
  14. Ibid., p. 28.
  15. Oswald, Ducrot, « Présupposés et sous-entendus », Langue française, no 4 (1969), p. 37.
  16. Id.
  17.  Patrick Charaudeau, art. cit., p. 28.
  18. Susan Ireland, art. cit., p. 68.
  19. Patrick Charaudeau, art. cit., p. 28.
  20. Patrick Charaudeau, art. cit.,, p. 29.
  21. Susan Ireland a bien relevé les traits métafictionnels du roman. Cf. Susan Ireland, art. cit.
  22.  Il est vrai que dans le roman, la prééminence est accordée aux hommes noirs et aux femmes blanches, et que l’homme blanc (comme la femme noire, ou les hommes et femmes des autres groupes ethniques) y est presque absent. Mais l’homme blanc est omniprésent en tant que « meneur de jeu » ou « autorité » contre laquelle agissent les Noirs et les Blanches.
  23. En ce sens, Lori Saint-Martin affirme que la séduction de Vieux « s’accompagne de gestes d’avilissement et de possession plutôt que d’impliquer rencontre et partage. » (Lori Saint-Martin, « Une oppression peut en cacher une autre : antiracisme et sexisme dans Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière », Voix et images, vol. 36, no 2 (dossier « Dany Laferrière ») (2011), p. 58).
  24. Arentsen considère qu’il est possible de dissocier les stéréotypes du « primitif » et du « grand baiseur », et voit donc, par la représentation de Vieux comme un intellectuel, un dépassement du primitivisme (María Fernanda Arentsen, art. cit., p. 100). Mais peut-on les dissocier complètement ? N’y a-t-il pas dans l’idée du « grand baiseur » une focalisation sur le côté irrationnel, instinctif et « animal » de l’homme, une réduction à la dimension charnelle de l’être qui le rattache au « primitif » ?
  25. C’est ce que soutient le narrateur lorsqu’il déclare, après « renverser » (C, 44) Miz Littérature : « L’Occident ne doit plus rien À l’Afrique. » (C, 44)
  26. Groupe µ, « Ironique et iconique », Poétique, no 36 (dossier « Ironie »), (novembre 1978), p. 428.
  27. Ibid., p. 429.
  28. María Fernanda Arentsen, art. cit., p. 96.
  29. María Fernanda Arentsen, art. cit., p. 99.
  30. Au sujet de l’argumentation par autorité, voir : Oswald Ducrot, Le dire et le dit, Paris, Éditions de Minuit, 1984.
  31. Lori Saint-Martin voit aussi, chez Laferrière, une « ambivalence ludique qui sous-[tend] le geste de dénoncer et de réactiver simultanément les stéréotypes de la masculinité noire » (Lori Saint-Martin, « Une oppression peut en cacher une autre », art. cit., p. 61).
  32. Voir à ce sujet : Pierre Schoentjes, « L’ironie de situation », op. cit. ou Philippe Hamon, L’ironie littéraire, Paris, Hachette (Supérieur), 1996.
  33. Pierre Schoentjes, op.cit.,p. 51.
  34. Mounia Benalil, « La fictionnalisation de la négritude dans Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière : ses au-delàs et ses limites », Studies in Canadian Literature / Études en littérature canadienne [en ligne], vol. 32, no 1 (2007), paragraphe 17. http://journals.hil.unb.ca/index.php/SCL/article/view/5819/10712 [Site consulté le 31 mars 2015]. Lori Saint-Martin a également perçu ce renversement entre « l’amant nègre, lui qui ne perd jamais la tête [et sa] partenaire [qui] se transforme en bête. » (Lori Saint-Martin, « Une oppression peut en cacher une autre », art. cit., p. 59).
  35. Pierre Schoentjes, op. cit., p. 70.
  36. Si notre étude s’est limitée à la représentation du Noir, une analyse approfondie du personnage de la Blanche, comme celle de Lori Saint-Martin, permettrait de mettre à l’épreuve nos conclusions. Saint-Martin démontre que le discours sur la Blanche est stéréotypé et « sexiste » (Lori Saint-Martin, « Une oppression peut en cacher une autre », art. cit.)
  37. Philippe Hamon, op. cit., p. 4.

Littératures francophones et ironie

Revue Chameaux — n° 9 — automne 2016

Dossier

  1. Présentation du dossier

  2. Intra-intertextualité ironique et éthique de la responsabilité chez Ken Bugul

  3. L’ironie pour se dire dans la littérature migrante québécoise

  4. L’efficacité rhétorico-pragmatique du discours ironique dans le « cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire

  5. La littérature francophone du Machrek : idéologie et idéal. Entretien avec Katia Haddad

  6. Les modalités et les valeurs de l’ironie littéraire. Entretien avec Philippe Hamon

  7. « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer », roman ironique?