La littérature est un non-pouvoir

Par Olivier Schefer — Ce que peut la littérature

Olivier Schefer est philosophe et maître de conférences en esthétique à l’Université Paris I (Panthéon-Sorbonne). Il est spécialiste de l’œuvre de Novalis, qu’il a étudiée, traduite et dont il propose une approche nouvelle en se posant en faux contre le « mythe Novalis ». Olivier Schefer œuvre présentement au troisième volet de sa trilogie Variations nocturnes, dont les deux premiers tomes, Variations nocturnes et Des revenants : corps, lieux et images, ont respectivement été publiés en 2008 et2009. Dans ces ouvrages, il traite aussi bien de littérature et de peinture que de cinéma, sous le signe de l’esthétique.

La littérature peut changer le monde, sans effleurer la réalité.

On dira que la littérature ne change que nos représentations, nos images, et non les choses elles-mêmes. Mais ces choses sont des signes, coordonnés dans un monde. Et c’est en changeant les images qu’on modifie les choses, puisque nous naissons et mourrons dans le langage. Jamais contemporains de notre naissance « réelle », nous avons appris à croire des récits, des histoires, des fictions qui sont de la vie même. Le « pouvoir » de la littérature n’est donc pas la puissance ; l’arrogance des forces économiques et idéologiques. Ceux qui écrivent pour changer les choses frappent la réalité, mais restent hors du monde. La littérature est un non-pouvoir. Écrire, c’est ne rien posséder, à commencer par rien. C’est pourquoi la littérature peut tout avec presque rien.

Ce que peut la littérature

Revue Chameaux — n° 3 — automne 2010

Dossier

  1. Présentation du dossier

  2. La littérature et le pouvoir

  3. Dire la complexité du réel. Entretien avec Pierre Nepveu

  4. Où donc se cache le littéraire ?

  5. Comme une odeur de brûlé... Pour une histoire compréhensible de la destruction des livres

  6. Mozart, professeur de théâtre

  7. La littérature est un non-pouvoir

  8. Raisons de vivre heureux

  9. Poétique de la traduction. Entretien avec Tatiana Mogilevskaya et Alexandre Sadetsky

  10. Ce que peut le roman noir

  11. La littérature ?

  12. Variantes des règles du « Jeu du critique et du poète »

  13. L’espace théâtral de Jean-Philippe Joubert : expression, ouverture et engagement

  14. L’ « homme agonique » n’est pas un homme qui s’éteint

  15. Théâtre, lecture et « extrospection »

  16. Le bonheur d’un « gars de livres »

  17. Entrevue à grande vitesse avec Maurice G. Dantec