Poétique et imaginaire de l'enfermement

Pour son onzième numéro, la revue Chameaux souhaite ouvrir un espace de réflexion sur les prisons et les enfermements quels qu'ils soient, dans la production de langue française du Moyen Âge à nos jours. En effet, la prison est depuis longtemps un lieu privilégié de la production littéraire, qu’elle soit fictionnelle ou non, et a donné naissance à tout un ensemble de motifs, poétiques, postures, imaginaires, etc., que nous nous proposons d'explorer.

La prison influence la manière dont le monde est perçu, décrit et représenté, elle en détermine en effet tout le cadre spatial. Le cadre temporel y est aussi singulier en ce qu’il place un narrateur ou un protagoniste en dehors du temps quotidien et collectif. Le point de vue sur l’extérieur en vient souvent à reconfigurer la perception du présent subjectif, joignant à la limitation physique une liberté nouvelle de l’esprit et des idées – la prison stimule l’acte de l’écriture. La créativité du captif permet une prise de distance inusitée qui renouvelle le regard sur le monde, et bien qu’elle puisse sembler être un frein à l’écriture, elle l'encourage néanmoins par son pouvoir d'émancipation. La peur engendrée dans ce cas va de pair avec une fictionnalisation du réel en tant que récit de survivance ou de postérité (littéraire et humaine). Le présent fait soit appel au futur, soit appel à l’aliénation d’un présent lancinant. Dans plusieurs cas, on conçoit que l’emprisonnement, par le biais d’une posture littéraire provoquée ou non, c’est-à-dire fictive ou non, mène à une désillusion face au présent. Si la captivité encourage bien souvent la réflexivité des auteurs, elle entraîne parfois une forme de désinvolture. On peut ici penser au Cardinal de Retz ou encore à Bussy-Rabutin qui, dans leurs Mémoires respectifs, mêlent leurs misères et la dénonciation de l'injustice de leur sort à une forme d'ironie et de détachement, faisant montre de ne pas se laisser atteindre par leur captivité. 

Aussi, chez plusieurs essayistes et romanciers québécois, par exemple Joseph-Guillaume Barthe, poète et patriote enfermé lors des Rébellions de 1837, ou encore Gérald Godin, poète et homme politique arrêté lors de la crise d'Octobre 1970,on remarque une tendance à faire de la prison un lieu de l’entre-deux : au moment d’écrire un journal en prison, ceux-ci prennent une distance face au drame collectif en vivant intimement le drame de leur emprisonnement. Arrimant de manière surprenante l'enfermement à la libération intellectuelle et littéraire, les auteurs voient s’enclencher un décloisonnement littéraire au moment même de l’emprisonnement physique.

La prison peut aussi s'envisager dans les rapports qu'elle entretient avec d'autres thèmes : l'amour en est un particulièrement évident. Il n'y a qu'à penser au motif médiéval de la prison d'air, tel qu’il s’incarne notamment dans l'épisode de la Joie de la cour qui clôt le roman Erec et Enide de Chrétien de Troyes en lui offrant une ultime résolution. Le motif de la prison d'air permet ici de réconcilier les armes et l’amour dans la vie du chevalier, et de pallier ainsi le déséquilibre initial. Néanmoins, tous les amoureux qui cherchent à tenir l'être aimé en captivité ne connaissent pas une fin aussi heureuse que dans ce roman arthurien. Pensons entre autres à La Prisonnière, le cinquième tome d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, où le narrateur, faute de pouvoir véritablement sonder le cœur d'Albertine, cherche à en contrôler le corps en la gardant chez lui. Or, si dans cet exemple la captivité rendait impossible le plein épanouissement de l'amour, le motif de la prison heureuse de La Chartreuse de Parme inverse complètement ce rapport. En effet, Fabrice del Dongo, parce qu'il peut observer Clélia du haut de la tour Farnèse, connaît ironiquement le bonheur en prison, allant jusqu'à y préférer son séjour à la liberté.

La notion de captivité pourra aussi être explorée de manière plus abstraite, plus éloignée du lieu même de la prison, que ce soit une cyclicité dans laquelle un personnage serait emprisonné, ou encore dans tout autre phénomène qui pourrait s'y apparenter. En gardant à l’esprit que la prison est un lieu pluriel et un lieu de retrait particulièrement fécond, il s’agira, pour ce onzième numéro de la revue Chameaux, de montrer de quelle(s) façon(s) la prison peut se constituer en un enjeu littéraire à part entière.

 

Les contributions devront prendre la forme d’analyses (ton universitaire) ou d’essais (ton plus personnel).

 

Les articles sont attendus pour le 20 décembre 2016. La parution du onzième numéro est prévue pour le printemps 2017. Vous pouvez soumettre vos contributions en ligne ou nous les faire parvenir à l'adresse suivante : chameaux@lit.ulaval.ca. N’hésitez pas à nous écrire à cette adresse si vous souhaitez obtenir plus d’informations. Nous vous invitons également à conformer votre texte au protocole éditorial de la revue avant de le soumettre.  

 

Alexandra Guité-Verret (Université de Montréal)

Louis Laliberté-Bouchard (Université McGill)

Protocole éditorial

1. Recommandations générales

  • Faire parvenir l’article en format Word à l’adresse suivante : chameaux@lit.ulaval.ca.
  • Inclure les éléments suivants dans l’article : titre, nom de l’auteur, bibliographie.

 

2. Citations 

  • Mettre entre guillemets français (« ») les citations courtes, qui s’intègrent au texte en respectant sa syntaxe.
  • Mettre en retrait, sans les encadrer de virgules, les citations longues, c’est-à-dire celles qui font plus de cinq lignes lorsqu’elles sont intégrées au corps du texte. S’il est besoin d’utiliser des guillemets dans la citation longue, employer des guillemets français (« »).
  • Pour indiquer un passage entre guillemets à l’intérieur d’un passage déjà entre guillemets, utiliser les guillemets anglais et non les guillemets droits ou les guillemets français (ex. : “la conscience” au lieu de "la conscience" ou « la conscience »).
  • Mentionner les coupures dans les citations par des points de suspension encadrés de crochets droits (ex. : […]).
  • Placer toute modification de citation entre crochets droits (ex. : « Il a dit qu’il [lui] paierait son dû. »).

 

3. Typographie

  • Écrire les majuscules avec leurs signes diacritiques (ex. : « Éloïse » au lieu de « Eloïse »).
  • Réserver l’usage de l’italique aux mots et extraits en langue étrangère, aux œuvres citées et aux passages sur lesquels on veut insister. Si l’italique est utilisé pour souligner un passage dans une citation, il est nécessaire d’indiquer, dans la note qui donne la référence de la citation, « je souligne », « nous soulignons » ou une autre formule semblable.
  • Réserver l’usage du caractère gras aux titres et sous-titres.
  • S’assurer que les tirets courts (–) ou les tirets longs (—) n’apparaissent pas dans le texte comme des traits d’union (-), plus courts que ces premiers.
  • Observer la ligature entre les voyelles appropriées (ex. : « œuvre » au lieu de « oeuvre »).
  • Mettre des virgules et des apostrophes courbes plutôt que droites (ex. : « l’appel » au lieu de « l'appel »).
  • Placer une espace insécable dans les mentions de pages, de volumes, de tomes et de numéros ainsi qu’entre les initiales de noms propres (ex. : G. H. Gaboury, « L’espace », dans Cahiers de littérature, tome XXI, no 39 (hiver 1999), p. 234-251).

 

4. Notes de renvoi et références bibliographiques en notes de bas de page 

  • Placer les appels de note avant le point final, le point d’interrogation, le point d’exclamation ou le point de suspension. L’appel de note se place également avant le guillemet français fermant (ex. : « Le violon d’Ingres est le violon1. »).
  • Donner les prénoms et noms d’auteurs en minuscules, dans l’ordre suivant : prénom suivi du nom.
  • Écrire les titres français avec seulement la majuscule au premier mot et aux noms propres. Seuls ces cas font exception :

- Le titre cite un autre titre. Dans ce cas, le titre cité prend lui aussi la majuscule (ex. : « L’onomastique du Nez qui voque »).

- Le titre comprend deux éléments unis par ou dont le second fait office de sous-titre. Dans ce cas, le second élément prend la majuscule (ex. : Julie ou La nouvelle Héloïse).

- Le titre contient des personnifications ou des allégories. Dans ce cas, les personnifications et les allégories prennent la majuscule (ex. : Le ballet de la Nuit).

- Le titre est celui d’un journal ou d’un périodique. Dans ce cas, on met généralement la majuscule à l’article (s’il fait bien partie du titre), aux adjectifs qui précèdent le premier nom ainsi qu’au premier nom (ex. : La PresseLe Nouvel ObservateurLe Monde).

  • Écrire les titres anglais avec la majuscule à tous les substantifs (ex. : Shakespeare and his Predecessors).
  • Rédiger les indications bibliographiques de la façon suivante :

-      Monographie

Prénom et nom, Titre, lieu d’édition, maison d’édition (collection), année de publication, numéros des pages citées.

Ex. : Claude Bouché, Lautréamont. Du lieu commun à la parodie, Paris, Larousse (Thèmes et textes), 1974, p. 30.

-      Partie ou chapitre de monographie

Prénom et nom, « Titre de la partie ou du chapitre », Titre, lieu d’édition, maison d’édition (collection), année de publication, numéros des pages citées.

Ex. : Jorges Luis Borges, « Pierre Ménard, auteur du Quichotte », Fictions, Paris, Gallimard (Folio), 1983, p. 52.

-      Ouvrage collectif

Prénom et nom [dir.], Titre, lieu d’édition, maison d’édition (collection), année de publication, numéros des pages citées.

Ex. : Marie-Dominique Popelard et Anthony Wall [dir.], Citer l’autre, Paris, Presses de la Sorbonne, 2005, p. 41.

-      Partie ou chapitre d’ouvrage collectif

Prénom et nom, « Titre de la partie ou du chapitre », dans prénom et nom du directeur suivi de la mention [dir.], Titre, lieu d’édition, maison d’édition (collection), année de publication, numéros des pages citées.

Ex. : Bernard Vouilloux, « La citation et ses autres », dans Marie-Dominique Popelard et Anthony Wall [dir.], Citer l’autre, Paris, Presses de la Sorbonne, 2005, p. 41.

-      Article

Prénom et nom, « Titre de l’article », Titre du périodique, volumaison (s’il y a lieu), tomaison (s’il y a lieu), numéro suivi de la date entre parenthèses, numéros des pages citées.

Ex. : Andrea Del Lungo, « Pour une poétique de l’incipit », Poétique, no 94 (avril 1993), p. 133.

-      Thèse de doctorat ou mémoire de maîtrise

Prénom et nom, « Titre de la thèse/du mémoire », thèse de doctorat/mémoire de maîtrise, nom du département ou de la faculté, nom de l’université, année du dépôt du doctorat/du mémoire, numéros des pages citées.

Ex. : Maxime Boily, « Les terres amérindiennes dans le régime seigneurial : les modèles fonciers des missions sédentaires de la Nouvelle-France », thèse de doctorat, Québec, Université Laval, 2003, p. 450.

-      Site internet

Prénom et nom de l’auteur ou nom de l’organisme, Titre du site, [en ligne]. Adresse du site [Site consulté telle date].

Ex. : Bruno Marcotte, Sémiosphère, [en ligne]. www.semiosphere.info [Site consulté le 10 janvier 2012].

-      Article tiré d’un site internet

1. Prénom et nom, « Titre de l’article », dans prénom et nom de l’auteur ou nom de l’organisme, Titre du site, [en ligne]. Adresse du site [Site consulté telle date].

Ex. : Angèle Marcoux, « L’idéologème, le mythème et le figurème : parentés et asymétries », dans Bruno Marcotte, Sémiosphère, [en ligne]. www.semiosphere.info/angelemarcoux.html [Site consulté le 30 mars 2011].

2. Prénom et nom, « titre de l’article », dans Titre du périodique électronique, volumaison, numéro (date), [en ligne]. Adresse du périodique [Site consulté telle date].

Ex. : Robert Dion, « Le biographe salvateur », dans temps zéro, no 4, [en ligne]. tempszero.contemporain.info/document655 [Site consulté le 8 octobre 2011].

-      Source manuscrite

Prénom et nom de l’auteur (s’il y a lieu), Titre du manuscrit, bibliothèque/institut (ville), fonds, cote, foliotage.

Ex. : Christine de Pizan, Epistre Othea, Bibliothèque nationale de France (Paris), Fonds français, ms. 4431, fol. 95a-141c.

Rem. : L’usage veut que manuscrit soit abrégé ms.

 

5. Bibliographie  

  • Présenter les références en ordre alphabétique d’après les noms d’auteurs. Dans le cas où plusieurs ouvrages d’un même auteur sont cités, la succession des titres suit un ordre chronologique de parution ou un ordre alphabétique.
  • Pour les références bibliographiques, se reporter aux remarques de la section sur les notes de renvoi. Les mêmes conditions s’appliquent, à l’exception de celles-ci : 

- La mention du prénom et du nom de l’auteur se fait dans l’ordre nom, prénom, avec le nom en petites capitales et la virgule qui sépare celui-ci du nom (exemple : Claude Bouché devient BOUCHÉ, Claude).

- S’il y a plusieurs auteurs, seul le premier mentionné suit l’ordre nom, prénom. Les autres sont transcrits de cette manière : prénom nom, avec des petites capitales au nom, sans virgule séparant celui-ci du prénom (exemple : Marie-Dominique Popelard et Anthony Wall deviennent POPELARD, Marie-Dominique et Anthony WALL).

- Dans le cas d’une référence à une partie de livre qui comporte un directeur, le nom du directeur est mentionné dans l’ordre prénom nom, avec des petites capitales au nom et sans virgule séparant celui-ci du prénom.

  • L’on n’indique pas les numéros des pages citées mais, dans le cas d’une partie de livre ou d’un article, la page de début et la page de fin. Pour les ouvrages complets, il n’est pas nécessaire d’indiquer le nombre total de pages.